La trace et l'aura, une histoire de mémoire et d'oubli

Nous sommes donc bien, face à l’image, devant le temps : à San Vittore in Ciel d’Oro, Borromée se tient au lieu d’Ambroise. S’agit-il d’un remploi à l’envers ? En examinant les hypothèses de Martin Raspe sur les restaurations borroméennes de la mosaïque de San Vittore in Ciel d’Oro à la lumière de découvertes numismatiques récentes (une bulle de plomb à l’effigie d’Ambroise du viiisiècle identifiée par Vivien Prigent), on s’interroge sur les rapports entre ressemblance et dissemblance, et sur les accrocs dans la transmission de l’image ambrosienne. C’est une manière de se frayer un chemin entre le cours qui s’achève (« Souvenirs, fictions, croyances ») et celui qui le poursuivra l’année prochaine (« Fictions politiques »), en revenant sur les défis narratifs qui guettent celui qui voudrait raconter l’histoire de la mémoire et des oublis ambrosiens. Il lui faudrait s’inspirer de la manière dont Walter Benjamin pense l’histoire comme l’art des rapprochements, comme une politique des traces qui permet de dissiper l’aura. Le cours s’achève en faisant ultimement retour à la scène inaugurale où Augustin se place au seuil du silence d’Ambroise :  « Mais quand il lisait, ses yeux étaient conduits à travers les pages dont son esprit perçait le sens, la voix et la langue, en revanche, étaient en repos. » (Confessions, VI, 3, 3).