Le pouvoir cannibale

Le songe de Louis VII raconté par Rigord dans ses Gesta Philippi Augusti figure une inquiétante Cène royale. Il vaut comme métaphore et préfiguration, mais aussi comme avertissement face aux ambivalences et aux insuffisances de la religion royale. On se propose d’étudier son inversion monstrueuse à partir des gloses bibliques du pouvoir des rois, oscillant entre manducation ecclésiastique et dévoration laïque. On appellera donc pouvoir cannibale le retournement de la société eucharistique contre elle-même. Cette hypothèse permet de mieux comprendre certains traits de l’imaginaire politique de la royauté, s’exprimant notamment dans la figure du roi chasseur, mais aussi son dérèglement au XVIe siècle, dès lors que les conflits de religion expriment également l’histoire sensible de la « sainte horreur » provoquée par l’eucharistie. La question anthropophagique repose donc la question de la barbarie, et le cours s’achève par une analyse des fameux textes de Montaigne sur les cannibales, qui maintiennent le pari de l’universel tout en creusant par l’écriture le lieu de l’autre.