Médecins et autorités publiques face à la peste

À l’aune de la situation sanitaire actuelle, et après plus d’un an de crise épidémique, on a fait successivement l’expérience : de la sidération d’abord, face à l’arrivée d’une maladie nouvelle qu’on pensait dans un premier temps, comme les précédentes survenues au début du XXIe siècle, circonscrite à un horizon chinois lointain ; de la stupéfaction ensuite, devant la résurrection de mesures qu’on croyait pour certaines oubliées depuis l’épidémie de choléra dans les années 1830, des mesures désormais prises à l’échelle planétaire, à quelques exceptions près ; de l’étonnement et de l’impatience, enfin, devant l’incapacité des médecins à trouver immédiatement des réponses autres que prophylactiques pour empêcher la circulation d’un virus inconnu. Plus largement, on mesure que la crise fait se croiser différentes temporalités qui n’ont pas toutes les mêmes exigences : celles de la maladie, celle du politique, celle de la médecine, sans oublier aussi celle de l’économie et des sociétés. En portant le regard sur les sociétés médiévales qui ont fait face à la peste, c’est moins l’idée d’éclairer notre présent par le passé qui sous-tend l’analyse, que celle qui consiste à réfléchir à la manière dont la situation actuelle nous donne à repenser le passé. On connaît les a priori classiques d’une historiographie traditionnelle, prompte souvent à porter un regard condescendant, quand il n’est pas méprisant, sur la manière dont les autorités publiques, mais plus encore les médecins, ont répondu, ou n’ont justement rien pu faire, contre l’avancée d’une maladie terriblement mortelle. À partir d’une documentation qui mêle archives et traités médicaux, l’enquête vise à éclairer les représentations, les réactions et les réponses formulées face à un mal d’abord nouveau, puis familier, en restant attentive aux diversités des situations et aux temporalités d’une épidémie, durablement installée.