De l'archéologie biomoléculaire à la connaissance des parfums antiques : matières et procédés

Les techniques analytiques d’aujourd’hui révolutionnent l’approche que l’on a des parfums antiques, permettant de confronter les résultats des analyses aux textes, à l’iconographie mais aussi aux découvertes issues des fouilles archéologiques d’ateliers de parfumeurs, et aussi de documenter les pratiques quotidiennes, funéraires ou votives de populations dont il reste peu ou pas de trace écrite.

Le développement récent des techniques analytiques, notamment avec le couplage de la chromatographie et de la spectrométrie de masse, permet désormais d’identifier des matériaux biologiques par des associations de marqueurs moléculaires. Les identifications sont ainsi sûres et la méthode permet d’étudier des témoins invisibles, imprégnations des parois poreuses des vases en céramique ou en pierre ou dépôts en film invisible dans des flacons en verre. Nos recherches nous ont permis d’identifier les bases des parfums (produits laitiers, huiles végétales dont l’huile d’olive ou l’huile de bên Moringa sp., graisses animales), des méthodes de préparation des essences (par décoction, enfleurage dans des huiles ou des cires, cuisson). Certains principes odorants peu volatils peuvent être aussi retrouvés : résines de conifères, exsudats d’espèces feuillues (mastic Pistacia terenbithus, encens Boswellia sp., ou des résines plus exotiques tels le liquidambar ou le styrax). Rares sont les découvertes de principes aromatiques qui constituent les notes de tête mais des préparations à base de camphre, de sauge ou de ciste ont été identifiées en Sardaigne dans des vases en verre du VIe -IVe s. av. J.-C.