Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Le quatrième cours est d’abord revenu brièvement sur le rôle du langage dans la perception de la douleur (le langage et notamment les jurons peuvent atténuer la douleur en distrayant notre attention) et dans celle de la couleur (un patient aphasique avec anomie des couleurs continue de percevoir les frontières entre le catégories de couleurs, par exemple rouge/marron). Ces travaux confirment que la perception n’est pas directement altérée par le langage : ce sont uniquement les étapes tardives de recodage linguistique et d’accès à la conscience qui sont affectées.

Cependant, qu’en est-il des niveaux conceptuels ? À quoi pensent les patients aphasiques ? Leur capacité de penser se réduit-elle avec la perte du langage articulé ? Ou bien, reste-t-elle inchangée, comme le croit le critique d’art Tom Lubbock, lui-même aphasique : « Mon langage pour décrire les choses du monde est très petit, limité, [mais] mes pensées quand je regarde le monde sont vastes, sans limites, et normales – les mêmes que depuis toujours. Mon expérience du monde n’est pas réduite par l’absence de langage, mais est essentiellement inchangée. » L’introspection de Lubbock s’oppose totalement aux idées développées en 1973 par le philosophe Donald Davidson, qui énonce une version extrême de la thèse de Sapir-Whorf : « Parler une langue n'est pas une chose qu'un homme peut perdre tout en conservant la capacité de penser ». Qui a raison ?