La bibliothèque des étoiles nouvelles

L’histoire de la littérature est difficilement séparable de celle des bibliothèques dans lesquelles sont lues les œuvres littéraires ou qui nous les ont transmises. L’œuvre singulière, particulière, existe à peine par elle-même : elle se détache toujours sur un fond plus ou moins perceptible d’autres œuvres, d’autres textes, parmi lesquels elle fait sens et qui orientent notre compréhension. Toute lecture se fonde sur une comparaison au moins implicite. Comment de telles bibliothèques, matérielles ou immatérielles, se sont-elles constituées depuis l’Antiquité classique ? Comment fonctionnent-elles ? Peut-on concevoir d’autres bibliothèques, d’autres étagères, d’autres listes ou canons, où figureraient d’autres textes que nous ne connaissons pas, perdus, oubliés, négligés ? Qui sait si ces bibliothèques autres ne permettraient pas aussi de donner un sens différent aux textes que nous connaissons – ou croyons connaître –, et d’en renouveler suffisamment la lecture, les enseignements et les plaisirs qu’ils nous donnent ?

Les séminaires de cette année ont eu pour objectif de comprendre la manière dont la circulation des textes participait à la construction et à la déconstruction de la bibliothèque de la littérature mondiale. À partir de sept études de cas – la circulation des Faust monumentaux entre 1850 et 1870 ; le « nouvel ordre des livres » qui s’impose, en France, à partir de 1630 ; la bibliothèque personnelle de Paul Valéry ; la circulation mondiale du conte des Mille et une nuits ; le « musée imaginaire » d’André Malraux ; et la « bibliothèque de la Pléiade » –, les différentes interventions ont exploré plusieurs aspects de cette bibliothèque, des plus matériels aux plus symboliques ou imaginaires. L’articulation entre les bibliothèques matérielles et les bibliothèques mentales se trouve par conséquent au cœur du séminaire et du cours. Elle permet de rouvrir des questions théoriques et méthodologiques centrales pour la littérature comparée.