Les parfums

En 1994, examinant les vestiges d'un pressoir mis au jour sur le forum de Paestum (Italie), j'ai émis l'hypothèse qu'il fallait la rapporter à la fabrication des parfums, objet d'un commerce de luxe et source importante de revenus.

Les parfums sont aujourd'hui composés d'une base, généralement un alcool, d'essences (des huiles essentielles de fleurs par exemple), d'épices, de fixateurs, de colorants et de conservateurs. Dans l'Antiquité, les arômes étaient fixés sur des huiles, notamment l'huile de ben, de sésame, d'amande et d'olive. Les installations de parfumeurs demandaient peu de matériel caractéristique : on pouvait travailler avec des pressoirs à torsion en tissus, des récipients en terre et en métal polyvalents et souvent récupérés ainsi que des foyers que leur modestie rend souvent atypiques. Aussi cet artisanat a jusqu'à présent échappé à l'attention des archéologues.

Les recherches que j'ai conduites à Paestum en 1994-1995, à Délos en 1997-1998 et à Pompéi en 2001-2002, puis en 2011 avec une équipe de Valencia (Espagne) permettent désormais d'identifier des parfumeries antiques. Dans tous les cas, il s'agit d'installations situées dans le centre de cités, dans ou près du forum ; elles comprennent des pressoirs verticaux, à coins ou à vis et des chaudières pour l'enfleurage. Ces recherches ont été publiées dans les Mélanges de l'École française de Rome, dans le Bulletin de Correspondance Hellénique et dans l'American Journal of Archaeology. Elles connaissent une diffusion vers le grand public grâce à des expositions à Grasse et à Mariemont (Belgique) en 2008.

Ces recherches ont pris un tour nouveau en 2008 par la mise en route d'expérimentation de création de parfums dans le laboratoire Arômes et parfums de l'UMR 6001 CNRS / Université de Nice. Grâce à la collaboration de deux maîtres de conférence (X. Fernandez et J.-J. Philippi), et d'un ingénieur de recherche (C. Castel), ont été réalisées des expériences d'enfleurage de l'huile d'olive, de l'huile de ben et d'huile de sésame avec des fleurs (rose, lis, etc.) et des résines en respectant des recettes antiques, principalement celles transmises par le médecin Dioscoride (Ier siècle de notre ère). Ces expériences visent à obtenir des fragrances et des produits éventuellement commercialisables et elles se font donc en partenariat avec des entreprises privées qui opèrent dans le secteur de la parfumerie et des huiles de bain.