Relations commerciales et contacts humains : les épidémies

Le hasard d'une fouille d'urgence m'a conduit à travailler aux côtés d'anthropologues sur la question de l'épidémiologie des maladies infectieuses dans l'Antiquité. En 1989, nous avons fouillé une ferme gréco-romaine et son cimetière à l'emplacement d'un lotissement en construction sur la commune d'Hyères à deux kilomètres du comptoir grec d'Olbia (Var). L'une des tombes du IVe siècle ap. J.-C. contenait le squelette une femme enceinte et son fœtus parfaitement conservé. Une étude approfondie de ce dernier a montré que le fœtus présentait des altérations osseuses qui ne pouvaient s'expliquer que par une syphilis congénitale primaire. Or ce constat n'était pas banal : depuis le début du siècle, la théorie en vigueur était que la syphilis vénérienne n'était pas connue dans l'Ancien Monde et qu'elle avait été ramenée d'Amérique par l'équipage de Christophe Colomb en 1493.

J'ai donc recherché en quelles occasions les Méditerranéens avaient eu des contacts directs avec l'Afrique subsaharienne où nous proposons de situer le foyer originel de la syphilis vénérienne et dans quelles conditions sociologiques la tréponématose endémique a pu muter en maladie sexuellement transmissible. M'inspirant de la théorie de Hudson, j'ai développé l'idée que la civilisation urbaine de l'époque grecque et surtout romaine avait pu former un milieu favorable à cette mutation. La maladie aurait connu un certain développement durant l'Empire et se serait presque éteinte au Haut Moyen Âge, du fait de la dépression démographique et de l'arrivée de nouvelles populations exemptes. Le faible nombre des cas avérés de syphilis serait due à la conjonction de plusieurs facteurs : pratique de l'incinération, destruction massive de squelettes archéologiques, notamment en Afrique du Nord, manque criant d'études paléopathologiques, courte espérance de vie.