Lettre n° 7

Éditorial

Jean-Christophe Yoccoz

Secrétaire de l'Assemblée des Professeurs,
et titulaire de la chaire d'Équations différentielles et systèmes dynamiques

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Il y a quelques semaines, le Congrès américain s'est engagé à doubler d'ici 5 ans le budget de la National Science Fundation (NSF) (Science, 22 novembre 2002, p. 1537). Ceci a déjà été réalisé dans les dernières années pour les National Institutes of Health (NIH) dans le domaine des sciences de la vie.

Face à la vigueur extraordinaire du support américain à la recherche scientifique, l'attitude des gouvernements européens est terriblement frileuse ; de très nombreux scientifiques s'émeuvent que ce découplage des moyens financiers aboutisse à un retard irrattrapable de notre continent dans bien des domaines.

La situation est d'autant plus grave qu'à ce problème s'ajoute un autre peut-être encore plus sérieux : la désaffection croissante pour les études scientifiques dans la plupart des pays occidentaux, à l'heure où se profile à l'horizon une vague très importante de départs à la retraite chez les chercheurs en activité. Ce désamour des jeunes pour la science n'est pas moins vif outre-Atlantique ; mais l'Amérique, conforme à sa vocation, y remédie en recrutant à tour de bras russes, chinois, coréens, indiens... et européens.

Ces problèmes avaient été évoqués avec le Président de la République Jacques Chirac lorsque nous l'avions accueilli à déjeuner au Collège de France. Il nous avait alors demandé de réfléchir à une initiative sur ces questions. C'est ainsi qu'en 2004 sera organisé au Collège un colloque « Science et conscience européennes » ; les multiples facettes de la crise y seront analysées et des pistes de solutions explorées.

L'écart de moyens financiers avec les États-Unis ne se situe pas seulement au niveau de l'argent public ; il y a en Amérique une tradition de mécénat qui, dans un environnement fiscal extrêmement favorable, draine vers la culture et la science une manne sans commune mesure avec les ruisseaux français et européens.

Certes, pour garantir une recherche fondamentale libre et indépendante, l'argent public doit demeurer le support principal de l'entreprise scientifique. Mais en ces temps économiques difficiles, plutôt que de voir réduits à la portion congrue des projets ambitieux, il vaut mieux essayer d'y associer des partenaires privés. C'est ainsi que la propre Fondation Hugot du Collège de France est née de la générosité d'un couple ami du Collège. Pour développer le mécénat, le Collège de France souhaite se doter d'un comité financier international ; celui-ci aurait pour rôle de faciliter nos contacts avec les milieux économiques dans l'espoir de les intéresser à certains projets spécifiques du Collège. Souhaitons que ces projets, dont le premier pourrait être le prochain aménagement de la nouvelle bibliothèque du Collège, en soient enrichis et améliorés.