Lettre n° 19

Éditorial

John Scheid

Titulaire de la chaire de Religion, institutions et société de la Rome antique

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Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'image du Collège de France n'est pas toujours très nette à l'étranger. Si les professeurs sont parfois connus individuellement, l'institution elle-même l'est beaucoup moins, d'autant plus que les étrangers ont toujours quelques problèmes à déchiffrer les institutions françaises. Peu de collègues étrangers savent ce qu'est le Collège et ce qu'on y fait. C'est pourquoi l'Assemblée des Professeurs, sous la houlette des Administrateurs successifs, et récemment Jacques Glowinski et Pierre Corvol, ont décidé de profiter des liens qui unissent les professeurs à un certain nombre d'institutions d'enseignement et de recherche étrangères pour diffuser des informations sur le Collège. Il s'agit en somme de s'appuyer sur le réseau des relations scientifiques qui tissent la République des savants pour mieux faire connaître le Collège de France, et dans le même mouvement pour développer et mieux organiser ses relations avec les institutions de l'étranger.

L'ouverture du Collège à l'Europe et au monde

Le premier pas important dans le développement de nos relations avec l'étranger a été la création, en 1989 et en 1992, de deux chaires annuelles réservées à des collègues originaires de l'Europe et du reste du monde (chaire européenne : 9 collègues allemands, 4 italiens, 2 néerlandais et 2 anglais ; chaire internationale : 5 collègues américains, 2 canadiens, 2 suisses, et respectivement un collègue provenant de Pologne, de Chine, de Côte d'Ivoire, de Hongrie, de Turquie ou d'Inde). Ont occupé l'une ou l'autre de ces deux chaires, entre autres, James Watson Cronin, Umberto Eco, Paul Farmer, Bronislaw Geremek, Claudio Magris, Thomas Pavel. La deuxième mesure a été l'invitation faite aux professeurs du Collège à donner un tiers de leur enseignement à l'extérieur de Paris, et notamment hors de France. Pour accompagner ces enseignements « délocalisés », des accords et des conventions ont été signés. Ils sont actuellement au nombre de onze (avec des universités et institutions d'Allemagne, du Brésil, du Québec, d'Espagne, d'Italie, du Liban, d'Egypte, de Singapour, de Suède et des U.S.A.) ; cinq autres (avec le Mexique, Israël, Hong Kong, le Royaume-Uni et la Belgique) sont en cours de signature. De cette manière, un flux d'enseignants et de chercheurs s'établit dans les deux sens, et le Collège de France acquiert aux yeux de ses partenaires étrangers une lisibilité plus nette qu'auparavant. Dans certains cas, les conventions impliquent aussi l'envoi dans les laboratoires du Collège de doctorants et de post-doctorants étrangers, qui nous permettent de construire les relations entre les scientifiques français et étrangers de demain. Les conventions sont souvent l'œuvre d'un groupe de collègues décidés à sanctionner de manière formelle leur collaboration. Mais ces conventions « organiques », si elles ont l'avantage d'avoir un fonctionnement léger et simple, ont aussi le désavantage de paraître exclure d'autres universités situées dans le même pays. C'est pourquoi aujourd'hui les conventions comme celle qui nous lie à Uppsala, et bientôt, à l'Université Libre de Bruxelles, sont conclues avec un partenaire qui est chargé de coordonner les activités du Collège avec toutes les universités du pays concerné.

Si les professeurs du Collège, qu'ils soient en activité ou honoraires, organisent une partie de leur enseignement à l'étranger, des collègues provenant des universités et institutions partenaires font dans le même temps au Collège des séjours plus ou moins longs. Ils en profitent pour faire une ou plusieurs conférences, ou pour diffuser leurs dernières recherches. Il va de soi que ces échanges peuvent aussi déboucher sur des projets de recherche communs.

Le Comité International d'Orientation Scientifique et Stratégique

La troisième décision importante a été la création du Comité International d'Orientation Scientifique et Stratégique (COSS), en 2002. Ce comité est exclusivement composé de collègues étrangers, et a pour mission d'inspecter régulièrement les activités scientifiques et le fonctionnement du Collège de France. Ce regard extérieur sur le Collège et sur ses entreprises apporte sur le plan intérieur un grand bénéfice, mais il contribue aussi sans aucun doute à faire mieux connaître le Collège à l'étranger.

Activités du Collège de France à l'étranger

Parallèlement aux échanges régulièrement menés avec des partenaires étrangers, et qui sont autant d'occasions pour diffuser des informations sur le Collège, l'Assemblée des Professeurs a voulu rendre visibles les relations scientifiques qui existent avec un pays donné, mais ne sont pas toujours encadrées par une convention. Afin de mettre en lumière ces activités, trois manifestations scientifiques en direction du milieu scientifique et du public large ont été organisées. Un colloque sur le développement durable a été organisé en 2006 à Bruxelles, en collaboration avec l'Académie royale de Belgique, l'université catholique de Louvain et l'université libre de Bruxelles (cf. Lettres n°16 et 17), un autre colloque sera organisé en mai à l'université La Charité de Berlin et l'Académie des sciences de Berlin-Brandebourg, sur le thème « Le nouveau monde de la santé publique et de la prévention ». Au mois de janvier 2007, une manifestation d'un autre type a été inaugurée à Tunis (voir p. 9). Elle consiste à déplacer un certain nombre de professeurs dans un pays partenaire pour donner des conférences, sur un même ou plusieurs thèmes, et rendre plus visibles les relations qui unissent le pays concerné et le Collège.