Le recours de plus en plus fréquent à la gestion de crise pour gouverner des situations marquées par l’incertitude et la complexité conduisent souvent à une centralisation des décisions, parfois accompagnée d’une réduction des libertés publiques et d’un affaiblissement de l’état de droit. Cependant, rien ne permet de conclure que ces stratégies sont plus efficaces : autrement dit qu’un régime centralisé gère mieux les crises qu’un système décentralisé ; qu’un régime autoritaire est plus performant qu’une démocratie, ou vice-versa ; qu’un décideur unique permet de prendre des mesures plus justes ; ou que l’urgence justifie nécessairement une remise en cause temporaire des institutions démocratiques ou de la citoyenneté pour contenir une menace.
Ce colloque analysera les dangers que représente le recours à la gestion de crise comme modalité courante de gouvernement, dans un moment où la montée des populismes et le déploiement de gouvernements illibéraux promeuvent des formes de pouvoir centralisées et autoritaires, présentées comme seules à même de gouverner dans un monde qui est décrit comme instable, menaçant et incertain. Il posera la question de savoir si un État démocratique, avec ses principes, ses valeurs et ses institutions, peut gérer les crises, autrement dit s’il est possible de gérer une crise démocratiquement ; ou si au contraire les crises appellent nécessairement des réponses qui s’écartent de ces principes, valeurs et institutions pour permettre à l’État de gouverner dans l’incertitude.