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Presentation
Déclaré « crime du droit des gens » en 1946 et interdit par la Convention pour sa prévention et sa répression en 1948, le génocide occupe une place singulière en droit international. Sa définition est demeurée inchangée, contrairement à celle des autres crimes internationaux que sont les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime d’agression. Longtemps peu invoqué devant les juridictions, il a d’abord donné lieu à une jurisprudence limitée et était ainsi surtout considéré pour sa valeur de reconnaissance historique et son rôle avant tout préventif.
Cette situation évolue toutefois. La violence génocidaire n’a pas disparu et la qualification de génocide est aujourd’hui de plus en plus mobilisée en justice, tant à l’échelle nationale qu’internationale, contre des individus comme contre des États. Cette évolution invite à réexaminer la notion, à la lumière du droit et de l’histoire de ce « crime des crimes ».
Issu d’un dialogue entre juristes et historiens, cet ouvrage explore quatre questions essentielles : les origines du crime de génocide, ses auteurs, ses conditions et sa mémoire. En croisant les perspectives, il interroge la construction, les usages et les enjeux contemporains d’une notion devenue centrale pour la compréhension et la prévention des violences de masse.
Samantha Besson est professeure au Collège de France, titulaire de la chaire Droit international des institutions depuis 2019.
Henry Laurens est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Histoire contemporaine du monde arabe depuis 2003.
Table of contents
Samantha Besson – Génocide : droit et histoire du « crime des crimes ». Une introduction
Première partie. L’interdiction du génocide : des violences et « légendes noires » au crime de droit coutumier
William Schabas – Le génocide, norme de droit coutumier, mais depuis quand ?
Jean-Clément Martin – Guerre de Vendée et génocide, une question capitale
Deuxième partie. Les auteurs du génocide : individuels, collectifs et/ou institutionnels
Mark Levene – L’éléphant dans la pièce : changement climatique, migration, génocide
Monique Chemillier-Gendreau – Les auteurs du génocide, ou la difficulté de distinguer ce qui relève de l’individuel de ce qui procède du collectif
Troisième partie. Les conditions du génocide : intentions et/ou processus génocidaires
Guénaël Mettraux – Établir le crime de génocide dans le procès pénal : histoire, émotion et preuves
Christian Ingrao – Pour en finir avec la « motivation » : intentions, stratégies, situations et expériences des acteurs de la violence nazie
Quatrième partie. La mémoire du génocide : « passé qui ne passe pas » et « assassins de la mémoire »
Omer Bartov – Éradiquer Gaza : comment se souvenir du génocide et l’oublier
Rafaëlle Maison – Mémoire, histoire et temps présent : obstacles au traitement juridique du génocide de Gaza
Henry Laurens – Histoire et violence de masse. Postface
Excerpts
« Il n’est pas question, comme d’aucuns pourraient le craindre, de confondre le droit et l’histoire du génocide ou, au contraire, de nous enfermer dans un débat méthodologique sur la délimitation des champs des deux disciplines et pratiques. Chacune d’entre elles doit en effet pouvoir développer son concept de “génocide”. Surtout, il est essentiel de reconnaître les différences entre leurs méthodes respectives (normatives par opposition à explicatives) et de rendre à chacune son champ de vérité propre (judiciaire par opposition à historiographique). »
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