Si Domat m'était conté : l'artificialité du jardin anglais, l'ordre naturel du jardin à la française

La systématisation du droit entamée dès la seconde moitié du XVIsiècle par la méthode juridique moderne (usus modernus) et poursuivie à partir de la fin du XVIIsiècle par le droit de la raison (« école de droit naturel »), tout en intégrant les droits particuliers tels qu’ils se sont développés aux Temps modernes, a constitué la base doctrinale des codifications territoriales et nationales à partir du XVIIIsiècle. Il s’agit toutefois d’un développement caractéristique des systèmes continentaux (d’Europe occidentale), que l’historiographie et la doctrine juridique contemporaine tendent à contraster avec le développement du droit anglais. Pourtant, le contraste ne correspond pas entièrement aux clichés traditionnels : le Droit de la Raison sur le continent européen prétendait découvrir et articuler l’« ordre naturel » du droit, à l’instar des sciences naturelles modernes dans l’ordre physique de l’univers, tandis que la common law anglaise, derrière des apparences « empiriques » et en dépit de sa détermination par des contingences historiques, se justifiait par une « raison artificielle » mise en œuvre par les juristes de la pratique. La question d’une convergence ou compatibilité des systèmes dits « romanistes » avec la common law est dès lors une question de concordance ou de discordance entre des modèles distincts de rationalité.