À qui appartient la beauté dans nos musées ? (14 juin 2017)

À qui appartient ce tableau de Klimt, peint par Klimt à Vienne en 1907 en utilisant de l’or, en abondance, et représentant une collectionneuse viennoise ? Tout de suite après sa création, les commanditaires et mécènes le prêtèrent dans les expositions internationales, pour contribuer au rayonnement de Gustav Klimt. En janvier 1923, dans son testament, Adele Bloch-Bauer demanda à son mari de léguer son portrait, à sa mort, au musée d’art contemporain européen de Vienne. En 1938, l’Autriche est rattachée à l’Allemagne nazie. En 2006, le tableau – qui, pourtant, avait été légué au musée par Adele Bloch-Bauer – fut rendu aux propriétaires légitimes, c’est-à-dire aux descendants, qui avaient fait l’objet de poursuites raciales durant la période nazie : le musée du Belvédère restitua le portrait à la nièce d’Adele Bloch-Bauer, Maria Altmann. Cette dernière le vendit alors au magnat des cosmétiques, Ronald Lauder, pour 135 millions d’euros. Le milliardaire intégra ce tableau dans sa Neue Galerie de New York, qui, par son architecture d’intérieur, son café, reconstitue la Vienne de 1900, l’Europe juive d’avant la Seconde Guerre mondiale. Le départ du Portrait d’Adele Bloch-Bauer n’a pas empêché la jeunesse viennoise et les milieux créatifs no -conformistes, comme Conchita Wurst, de continuer à s’identifier à ce tableau. La presse germanophone, allemande et autrichienne, considéra le départ de l’Adele dorée et sa restitution comme une « perte douloureuse ».