— Estro

Estro

L’estro n’a pas cette application constante que demande la vertu (au sens strict du terme). Il est plutôt la soudaineté d’une inspiration, comme l’indique le dictionnaire italien : « èstro s. m. [du lat. oestrus, transcription litt. du gr. οἶστρος; le mot lat. correspondant était asilus, d’où l’ital. assillo (v.)]. – 1.a. Dans la Grèce antique, nom du taon. […] 2. Chez les Grecs, le mot était utilisé pour indiquer l’action de la divinité qui stimulait le mortel pendant l’enthousiasme prophétique ou poétique ». Il déborde parfois dans la fantaisie, dans le caprice, dans le fastidieux surgissement – taon de la pensée – d’une lubie insistante.

On doit cependant, sous ces apparences, retrouver son sens ancien d’une urgence de la divinité, qui incite au geste, au sourire, à l’éclair créatif fendant la monotonie de journées comme celles-ci. Le temps, qui sait – comme le veut le Galatée de Monseigneur Della Casa – « amollir » les mots et les choses [« Ces paroles et plusieurs autres de maîtrise et de servitude ont perdu la plus grande partie de leur amertume ; et, comme les herbes s’attendrissent dans l’eau, ainsi ces façons de parler se sont amollies dans la bouche des hommes et ont perdu leur plus rude signification. On ne les doit donc plus tant craindre » – chap. XVI], a conféré à l’estro une nouvelle et vertueuse dignité, qui fleurit dans l’Estro armonico d’Antonio Vivaldi (1711) dont l’oxymore exquis rendit célèbre l’auteur dans l’Europe tout entière.

L’estro éclot en une « touche concertante », dans une note à atténuer, peut-être avec la pédale de la sourdine ; mais elle a vibré et sa lueur, quoique légère, a cependant distrait et enchanté, en ce temps suspendu…

L’estro est le don du naturel vif, qui libère de la fatigue de « composer » des comportements et des actes ; c’est pourquoi il a la mesure légère du sourire. Leopardi le remarque, qui critique l’estro construit par les formes grandiloquentes : « L’estro du poète dramatique est feint, parce qu’il doit feindre : qui se sent poussé à composer de la poésie se sent uniquement poussé par le besoin d’exprimer des sentiments qu’il éprouve véritablement » (Zibaldone, 4357). Tel est l’estro sincère de l’authentique.