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Les cours de cette année ont poursuivi l’étude du multilinguisme et du multiculturalisme de l’Égypte dans l’Antiquité tardive commencée l’an dernier. Ils ont été consacrés aux rapports complexes du grec et de l’égyptien durant l’Antiquité tardive et le début de l’époque médiévale (fin du IIIe-VIIIsiècle), dont l’examen sera poursuivi l’an prochain. C’est la question la plus intéressante relative au multilinguisme de l’Égypte : comment ont pu coexister sur la longue durée la langue grecque, imposée à la faveur de la conquête gréco-macédonienne (332 avant J.-C.) et devenue langue de l’administration, et le substrat égyptien, autrement dit la langue parlée par la population ? La réponse à cette question nous a amenés à démêler les fils d’un double processus :

  1. Comment et pourquoi la culture égyptienne, après avoir renoncé à ses anciennes écritures (hiéroglyphes, hiératique et démotique) et abandonné la religion de ses ancêtres, s’est-elle réinventé une écriture dans un monde désormais christianisé ? La documentation papyrologique permet de suivre les premières expérimentations tentées par les égyptophones pour noter leur langue à l’aide de l’alphabet grec et de voir comment elles se sont peu à peu imposées jusqu’à devenir un système graphique cohérent et collectivement accepté, le copte.
     
  2. Dans ce processus de lente montée du copte, comment ce dernier a-t-il cohabité avec le grec solidement installé ? Les sources papyrologiques et littéraires nous montrent sur le vif comment se sont dessinés des domaines de compétence dans lesquels chacune des langues exerçait une sorte de monopole (question qui sera approfondie l’an prochain).

Mais loin de dessiner un univers linguistique et culturel bipartite bien tranché, avec, d’un côté, les hellénophones, qui auraient constitué une population urbaine, cultivée et engagée dans l’administration et, de l’autre, les coptophones peuplant les campagnes, incapables d’écrire ou de parler le grec, éloignés des réseaux de pouvoir – schéma manichéen relayé par bien des synthèses ! –, l’examen attentif des sources papyrologiques a fini par nous persuader que l’émergence du copte et la première phase de son développement ont dû beaucoup à l’hellénisme au point qu’il ne serait pas exagéré de considérer le copte comme un rejeton de la culture grecque – paradoxe qui nous en dit long sur la complexité des phénomènes d’acculturation durant l’Antiquité tardive.

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