22 juin 2017
14:00 - 15:00
Amphithéâtre Maurice Halbwachs, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Les sources du IVsiècle nous présentent le copte comme un outil désormais opérationnel, standardisé malgré d’inévitables différences régionales et capable de remplir le rôle d’une langue véhiculaire. Le faciès de la documentation reste ensuite assez stable jusqu’au milieu du VIsiècle. Qui utilise désormais le copte (appelé, dans les textes, l’« égyptien ») plutôt que le grec ? La question est délicate et a suscité diverses réponses, teintées de préjugés et de sous-entendus idéologiques.

Le premier critère qui s’impose à la réflexion est celui de l’ethnicité. Mais celui-ci est très malaisé à manier : le couple de termes égyptien/grec (aigyptoi/hellênes) tel qu’employé dans les sources acquiert diverses valeurs qui n’ont rien d’ethnique ou linguistique. Il ne faut pas moins se défier de l’onomastique, qui ne traduit pas nécessairement l’appartenance ethnique d’un individu, mais plutôt les aspirations socioculturelles de ses parents.

La recherche s’est vite tournée du côté de la religion comme propre à rendre compte de la répartition grec/copte, selon plusieurs approches :

  1. Le copte aurait été le médium du militantisme chrétien face à un hellénisme païen ou paganisant. Mais ce dernier commence à devenir un phénomène socioculturellement marginal avec l’élévation du christianisme au rang de religion d’État.
     
  2. On a proposé d’opposer les chrétiens anti-chalcédoniens parlant copte aux chrétiens chalcédoniens d’expression grecque. Mais la langue de l’Église d’Égypte restera aussi longtemps que possible le grec.
     
  3. Plus légitime est l’opposition selon laquelle le grec aurait été la langue des clercs alors que le copte aurait été majoritairement celle des moines. Ceux-ci pouvaient se passer du grec et avoir recours à ce qui était pour la plupart d’entre eux leur langue maternelle, soit par rejet de la culture grecque à l’œuvre dans le monde, soit en se coupant de la vie active et publique où le grec restait indispensable. De fait, la majorité des papyrus coptes de la période IVe-VIIsiècle émanent des milieux monastiques. Mais outre que le topos du moine uniquement coptophone est à nuancer, le monachisme égyptien était plus diversifié qu’on ne le pense trop souvent : il comprend une composante grecque et encourage même parfois le grec, de toute façon indispensable dans la gestion des activités économiques des monastères.
     
  4. La liaison entre copte et moine (pauvre et rejetant la ville) a conduit à analyser l’usage du copte en termes socio-économiques, en opposant les milieux urbains majoritairement hellénophones à la population villageoise coptophone. Si cette bipartition est partiellement valide, l’usage des deux langues se fait selon un clivage moins simpliste : le copte est né dans des milieux fortement hellénisés qui pouvaient être eux aussi urbains. En outre, les siècles de cohabitation ont amené les Grecs à se tourner vers l’égyptien, notamment dans la gestion de leurs domaines agricoles. Inversement, certains villageois ne pouvaient se passer du grec, indispensable à leurs affaires, à celles de leur village et dans les rapports avec la métropole. S’est ainsi développé un bilinguisme naturel.

En fait, plutôt que de se demander qui utilisait le copte, ce qui aboutit à des réponses nécessairement impressionnistes (selon les périodes, les régions et les secteurs de la société), il faudrait plutôt se demander pour quels types d’écrits on avait recours au copte. On voit alors se dessiner des tendances nettes qui font système. Elles seront étudiées l’an prochain.