28 fév 2012
16:30 - 17:30
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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On trouve dans Les Fleurs du mal des poèmes qui évoquent la période précédant l’arrivée de l’éclairage au gaz et d’autres poèmes lui succédant. S’il y a une haine du gaz (le monde moderne, dit Baudelaire à propos de Poe, est une « grande barbarie éclairée au gaz »), celle-ci s’accompagne aussi d’une admiration, qui n’est pas liée à l’éclairage, mais davantage à l’idée d’explosion. Baudelaire se présente volontiers comme un casseur de vitres dans un « palais de cristal » que serait la littérature, même si, rétrospectivement, on a plutôt coutume de considérer la génération suivante comme celle de la poésie de l’explosion. Baudelaire est lui-même vu comme un homme explosif et éruptif.

On peut, à ce titre, constater un nombre significatif d’explosions dans Le Spleen de Paris, quand il y en a très peu dans Les Fleurs du mal ; celles-là sont liées à l’ardeur, à la fête, à l’excès, au rire malin et malsain. L’éclairage au gaz, l’explosion de gaz, c’est en somme le sic et non, le pro et contra de la modernité, le chaos dominé ou le retour au chaos.

Mais un troisième temps est aussi à repérer dans cette dualité ou dialectique baudelairienne du gaz, par exemple dans L’Amour du mensonge, poème de 1860, que le poète joint à une lettre à Poulet-Malassis à la mi-mars, sous le titre Le Décor. Il y est question de la douceur du gaz, de l’effet de sa lumière sur une femme qui n’est plus jeune mais qu’elle rajeunit, suivant l’épigraphe empruntée à Athalie (« Pour réparer des ans l’irréparable outrage »). L’éclairage au gaz rajeunit une femme, la rendant « bizarrement fraîche », par rapport au vieil éclairage dans Le Jeu.

On retrouve toute cette ambivalence du gaz, éclairant et explosif, dans le poème Anywhere out of the world, endroit que le poète situe en haut de la Baltique, près du pôle : « "Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer !". Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : "N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde !" ». Le soulagement apporté par la nuit traversée d’éclairs est bien celui de l’enfer : « Enfer ou Ciel, qu’importe ? »