20 Mar 2017
17:00 - 19:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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La question directrice du séminaire de 1938/39 sur la Deuxième considération inactuelle était « “comment le rapport représentatif et perceptif de l'homme à l'étant, sous la figure (Gestalt) de la relation sujet-objet, acquiert-il sa primauté” dans l’histoire ? ». La réponse : parce que l’animal rationale devient l’unique subiectum et le subiectum lui-même se voit limité à ce qui est et se dit « ego ». C’est un changement (Wandel) dans notre « être-là historial », dans l’histoire « que nous sommes ». Ce changement ayant pour origine un changement de l'essence de la vérité, on a entamé un examen plus approfondi de l’idée heideggérienne d’histoire de la vérité. L’histoire de la vérité est une « histoire de l’essence de la vérité », des « changements de l’essence de la vérité » : ce n’est ni une simple « histoire du concept de vérité » ni une « histoire du tenir pour vrai ». Le changement du rapport représentatif de « l'homme représentant » à l'étant et sa transformation en relation sujet-objet ont pour origine le changement de/dans l’essence de la vérité, que constitue le passage de la rectitudo à la certitudo. Ce passage de la « rectitude au sens de se diriger et se régler sur quelque chose », où la vérité est définie en termes médiévaux comme une « adaequatio intellectus ad rem», à la certitude du sujet défini par la synthèse de la subjectité et de l’égoïté, de la Subiectität et de l’Ichheit, se fait chez Descartes et chez Kant, interprète de Descartes. On a étudié à cet égard les textes de 1941 (intégrés au second volume du Nietzsche) La Métaphysique en tant qu’histoire de l’être et Projets pour l’histoire de l’Être en tant que métaphysique, où Heidegger analyse la « préjacence » (Vorliegenheit) du je et la structure de la représentation subjective (cartésienne), la cogitatio, en tant qu’elle est étendue à la sphère du non-cognitif. On a procédé à une comparaison entre deux modèles de l’immanence psychique (distinguée de l’inhérence physique) qui tous deux rendent compte de l’inférence captée par la KK-thesis hintikkienne (Kap É KaKap, si a sait que p, a sait que a sait que p) : le modèle heideggérien de la pré-jacence-immanence constante de l’ego cogito cogitatum cartésien au cœur de la repraesentatio (Vor-stellung) et le modèle brentanien de l’auto-inclusion de l’acte psychique (« tout acte psychique se contient lui-même à titre d’objet second »). La thèse affirmant que la « subjectivité » (Subjektivität) de la métaphysique moderne est un « mode de la subjectité » (Subjectität) est une thèse sur l’histoire de l’être que Heidegger avance grâce à une « historicisation » continue de la notion de Vor-stellung. On a analysé en détail le « grand récit » heideggérien de la subjectivation dans La Métaphysique en tant qu’histoire de l’être et ses deux fondements initiaux : l’ἰδέα platonicienne devient l’idea et celle-ci la représentation (Vorstellung). L’ἐνέργεια aristotélicienne devient l’actualitas et celle-ci la réalité effective (Wirkilchkeit). On a conclu en soulignant que l’histoire de la vérité s’inscrivait dans l’histoire de l’Être/Estre et en isolant trois points à examiner :

  1. la distinction entre rectitude et certitude et la conception de la vérité comme adaequatio ;
  2. le rôle attribué, en l’affaire, à Descartes ;
  3. la place accordée au Moyen Âge dans le ou les récits heideggériens de la naissance du sujet moderne.

La seconde heure, consacrée aux conditions du passage de la rectitude à la certitude, a permis d’examiner les trois acceptions médiévales de la « veritas » :

  1. la vérité de la chose (veritas rei), soit « le vrai est « ce qui est » (id quod est) ;
  2. la vérité-rectitude « anselmienne », soit « la vérité est la droiture perceptible au seul esprit » (rectitudo sola mente perceptibilis) ;
  3. la vérité-correspondance, soit la vérité est l’« adéquation de la chose et de la pensée » (adaequatio rei et intellectus).