25 jan 2019
14:00 - 15:30
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Résumé

L’« Heureux Événement » de la destruction des janissaires montrait bien que Mahmud II avait appris sa leçon. Le mouvement avait débuté comme le « Nouvel ordre » de Selim III, par l’organisation d’une nouvelle armée, tandis que les janissaires étaient invités à se soumettre à une discipline et un entraînement réguliers afin d’être intégrés dans le nouveau système. Était-ce un piège tendu dans l’attente d’une réaction qui justifierait l’usage de la force ? Nous ne le savons pas ; toujours est-il qu’après quelques jours d’hésitation, les janissaires finirent par se mutiner, donnant ainsi au sultan l’occasion de lancer une véritable campagne militaire contre eux. Cette décision de choisir l’offensive plutôt que la défensive comme dans les cas précédents prit les rebelles de court : ils furent pour la plupart massacrés lors du bombardement systématique de leurs casernes dans la nuit du 15 au 16 juin ; les rescapés furent pourchassés dans les rues de la capitale et sommairement exécutés sans le moindre recours à un procédé judiciaire. Le sultan s’était mis sur le pied de guerre et campait, avec tout son entourage, dans la cour de la mosquée du sultan Ahmed, improvisée en camp militaire. Le chronogramme composé par Esad Muhlis Pacha, gouverneur d’Andrinople, résumait parfaitement la situation : gaza-yı ekber, soit « la plus grande des guerres saintes », dont la valeur numérique atteignait 1241, la date de l’événement selon le calendrier de l’Hégire.

Cette rhétorique religieuse était évidente dans la longue proclamation faite au peuple dès le 16 juin et criée à travers les rues de Constantinople. Le sultan y lançait l’anathème contre les janissaires et invitait tous les vrais musulmans à venir se ranger à ses côtés, sous l’étendard sacré du Prophète, pour combattre ces infidèles qui s’étaient insurgés contre leur souverain et, surtout, contre la loi divine. La même proclamation promettait le rétablissement de l’Empire et de la religion par la purification des éléments néfastes qui les avaient bafoués et la création d’une nouvelle armée dont le nom était lourd de symbolisme : les troupes musulmanes aidées de Dieu (Asakir-i Mansure-i Muhammediye).