12 nov 2018
11:00 - 12:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Résumé

M. Civil, dans son introduction à l'édition de la série dite Proto-Ea, a souligné que les listes de signes et autres exercices du même genre étaient généralement détruits presque immédiatement par effacement, puis remodelage de la tablette, afin d'économiser l'argile. La conservation de ce genre d'exercice ne s'est donc produite qu'accidentellement, par interruption brutale du processus de « recyclage » dans les écoles (é-dub-ba) : « Il semblerait dont que dans une é-dub-ba bien tenue aucune tablette d'exercice n'ait été conservée pendant une longue période. Occasionnellement, une tablette peut avoir été déplacée et perdue – et donc sauvée pour la postérité – mais la masse des tablettes était selon toute vraisemblance détruite lors du déroulement normal des activités scolaires. C'est seulement lorsque ces activités étaient brutalement interrompues par un évènement catastrophique qu'un grand nombre de tablettes d'exercice était conservé. » 

Tous les spécialistes de la littérature sumérienne et des écoles ont repris depuis cette conclusion, en raison de l'autorité qui s'attache à tout ce qu'a écrit M. Civil, incontestablement un des meilleurs sumérologues qui ait jamais existé. Mais le parallèle avec les documents d'archives permet de modifier cette vision, en prenant en considération les cas où des tablettes scolaires ont été retrouvées dans les murs de certaines maisons, ou entre deux sols, ou dans des aménagements comme des banquettes, ou encore dans des fosses : il s'agit alors du résultat, non pas d'un « événement catastrophique », mais d'une césure de moindre ampleur dans l'occupation du bâtiment, qui continua malgré tout à être occupé, même si l'habitant changea. Et c'est seulement dans le cas d'un abandon total que l'on trouve les tablettes in situ, une situation finalement assez rare. Au lieu du « tout ou rien » de M. Civil, on peut introduire un état intermédiaire. Le sort des tablettes pouvait donc être :

  1. Le recyclage, qui sauf exception ne laisse pas de trace ;
  2. La mise au rebut, qui permet de retrouver les tablettes dans un contexte secondaire ;
  3. L'abandon sur place, suite à un incendie, une attaque ennemie, etc. qui détruisit complètement le niveau d'occupation.