Résumé
Les juristes pensent souvent le droit comme s’il était doté de propriétés physiques et mécaniques : il peut être rigide ou souple, lourd ou léger, étroit ou large. Le mot même de « droit » porte cette logique imaginaire : il évoque la ligne droite, le droit chemin, la rectitude. On répète pourtant que les Romains ne parlaient pas de directum, mais de ius, et que l’idée de « droit » ne se serait imposée qu’au Moyen Âge. Ce cours montre au contraire que la métaphore de la rectitude imprégnait déjà profondément le langage des juristes romains. L’étudier permet donc de mieux comprendre la construction de l’imaginaire juridique dans la longue durée.
Mais le droit ne se pense pas seulement comme une ligne : il se pense aussi comme un poids. En confrontant le Pro Roscio Amerino de Cicéron à un texte du juriste Papinien, on prend conscience des racines profondes de cette représentation, mais aussi de ses transformations. Chez Cicéron, le poids de l’engagement demeure encore dans l’ordre moral : l’orateur pourrait toujours abandonner la défense de Roscius, quitte à perdre sa crédibilité et la confiance des autres. Chez Papinien, le droit transforme cet engagement en contrainte : le mandataire reste lié au poids qu’il a assumé en engageant sa fides.
Ainsi, les métaphores de la ligne et du poids ne sont pas de simples ornements : elles structurent la manière dont les juristes pensent et interprètent le droit.