Conférencier invité

Juliana Uhuru Bidadanure

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Juliana Uhuru Bidadanure est invitée par l'assemblée du Collège de France sur proposition de la Pr Samantha Besson.

Présentation

J'introduis le concept de « trashification » pour désigner un processus social par lequel certaines personnes sont traitées comme des déchets – c’est-à-dire comme inutiles, contaminantes et vouées à l'élimination. On en trouve des traces dans le langage, par exemple dans l'insulte américaine « white trash ». Nous y avons été confrontés l'an dernier lorsque Donald Trump a suggéré que les Somaliens étaient des « ordures ». On en perçoit également l'écho dans les appels répétés à « nettoyer les rues » comme solution à la présence des sans-abri dans les espaces urbains. Au-delà de la métaphore, la trashification repose sur une articulation entre ontologie et phénoménologie : elle implique à la fois la dévaluation matérielle de ce qui perd toute valeur d'usage, et l'expérience vécue du dégoût, de la négligence et de l'abandon. Souvent inscrite dans des conditions de pauvreté extrême et d’exclusion, elle produit une circularité dans laquelle dégradation sociale et matérielle se renforcent mutuellement. Si elle peut sembler relever de l'objectification, la trashification s'en distingue en ce qu'elle ne réduit pas les individus à de simples moyens, mais les constitue parfois comme des objets sans usages, en vue d'aucune fin, souvent appelés à être écartés plutôt qu' exploités. En la théorisant à travers trois dimensions – association, amalgame et logique d'élimination  cette conférence montre qu’elle constitue une forme singulière et particulièrement grave de dégradation qui pousse les individus vers les marges et les y maintient.