L'invention du sujet moderne (suite) : la volonté et l'action 2/2 (cours du 24/03/2015)

Deuxième heure : l’obsession antipélagienne qui travaille conceptuellement le christianisme s’efforce de détacher rectitude du jugement et droiture de la volonté. Dans l’état d’extrême inculture théologique, voire d’inculture tout court, qui est le nôtre, la crise pélagienne n’a plus de sens. Pour les médiévaux, elle n’était pas révolue. Après un bref retour sur les condamnations de 1277 et la dénonciation de « l’erreur de Pélage » dans la censure de la proposition 130 (166), assurant que « si la raison est droite, la volonté est droite », on a abordé les Questions sur la Métaphysique, de Buridan, où celui-ci prend une position voisine de la « définition d’un agent libre », attaquée par Hobbes et défendue par Bramhall. Ayant mis en place les éléments conceptuels nécessaires à une définition rigoureuse de l’action : estimation, conseil, « plaisances » (complacentia) et « déplaisances » (displacentia), il affronte la question centrale posée par la censure de 1277 : la volonté poursuit-elle nécessairement ce que la raison pratique a conclu ? Buridan soutenant que la volonté « accepte nécessairement » le bien que lui propose à titre de fin un « jugement absolument certain » (certum omnino), le problème rebondit et se complique. Il devient : y a-t-il une certitude pratique ? C’est à cette question que l’on a consacré la suite de la leçon, en présentant la théorie buridanienne de la « croyance ferme » et de « l’absence de crainte » (exclusio formidinis), et la distinction des modes de la certitude. On a ensuite évoqué une seconde question : une autodétermination complète de la volonté est-elle possible ? et commencé d’analyser la réponse de Buridan : la volonté n’est pas seule avec l’intellect, formule dont a réservé le sens jusqu’au prochain cours.