— Patience

Patience

La patience est une vertu très ancienne, peut-être la plus noble : elle est la capacité de « pâtir », de prendre sur soi, d’assumer. Elle tient ensemble l’héritage chrétien (« a souffert sous Ponce Pilate », dit le Credo) et l’héritage classique résumé par Horace dans son ode à Leuconoé : « Tu ne quaesieris (scire nefas) quem mihi, quem tibi / finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios / temptaris numeros. Ut melius quicquid erit pati ! » (Carmina, I, 11 : « Ne cherche pas, Leuconoé, c’est sacrilège, / Quelle fin les dieux nous ont donnée ; les horoscopes, / Ne les consulte pas : mieux vaut subir les choses ! »). Et de conclure : « spem longam reseces », réduis une trop longue espérance. Réduis-la à aujourd’hui, au peu que nous avons. L’instant, goutte d’éternité et labile vanité, comme l’écrivait Marc Aurèle : « L’Asie, l’Europe, des coins du monde ; la mer entière, une goutte d’eau dans le monde ; l’Athos, une motte de terre dans le monde ; le présent tout entier, un point dans l’éternité. Tout est petit, fuyant, évanouissant » (Pensées pour moi-même, VI, 36) ; et, exhortant à la patience : « la patience et une famille paternellement gouvernée ; le vrai sens du précepte Vivre selon la nature ; la gravité sans prétention ; […] la tolérance à l’égard des gens du commun » (Pensées pour moi-même, I, 9).

En ces jours de manques et de privations, puissent nous réconforter ces modèles, ainsi que la voix biblique de tout pâtir, la « patience de Job » : « Alors Job […] se prosterna et dit : / ‘‘C’est nu que je suis sorti du ventre de ma mère, / et c’est nu que je repartirai. / L’Eternel a donné et l’Eternel a repris. / Que le nom de l’Eternel soit béni !’’ / En tout cela, Job ne pêcha pas et n’attribua rien à Dieu d’inapproprié » (Job, I, 20-22).

Et n’oublions pas les « petits jeux pour patienter » : parce que patienter, dans les langues romanes, veut aussi dire savoir attendre. Un jour, l’arche du déluge se rouvrira…