— Sympathie

Sympathie

La sympathie ne ressemble pas à une vertu, mais à une inclination, à une tendance impulsive à entretenir des affinités, qui doivent être plutôt discernées qu’exercées. Elle appartient en réalité au vaste champ dans lequel s’inscrit également la « patience », cette pléiade d’attitudes qui dérive du patior latin, à la fois un pâtir et un compatir, qui distingue la compassion et la sympathie. La compassion s’exerce en souffrant  avec son prochain ; la sympathie accentue les surprenantes complicités du ressentir. C’est un entrelacement d’états d’âme dont se méfie Pierre-Joseph Proudhon, qui observe que, souvent, nous exerçons le peu de bien que nous faisons plus par condescendance que par sens de la justice : « exercer un acte de bienfaisance envers le prochain se dit en hébreu faire justice ; en grec faire compassion ou miséricorde ελεέω, ̉ελεημοσύνη, d’où le français aumône) ; en latin faire amour ou charité ; en français faire l’aumône. La dégradation du principe est sensible à travers ces diverses expressions : la première désigne le devoir, la seconde seulement la sympathie ; la troisième l’affection, vertu de conseil, non d’obligation ; la quatrième le bon plaisir » (Qu’est-ce que la propriété ?, 1840).

La sympathie n’est peut-être pas un acte de justice, mais elle est toujours un geste d’attendrissement, une halte pour reconnaître dans son prochain ce qui nous est commun au-delà des nombreuses différences de chaque individu : « La première forme de moralité chez l’enfant est donc la sympathie », pouvait-on lire en 1895 dans le « Nuovo Educatore. Rivista settimanale dell’Istruzione Primaria », puisque celui-ci « éprouve les toutes premières impulsions de la sympathie pour les choses, les animaux, les personnes qui sont à la portée de ses sens ».

En ces jours de confinement, de présences forcées, on retrouve l’« espace court » qui est celui des enfants dans leurs premières expériences domestiques : la sympathie devient, sinon une vertu élevée, du moins une forme sereine de connaissance du monde, de l’autre qui se trouve à côté de moi.