Équipe

Laura Odasso

Laura Odasso  ̶  chercheure à la chaire

Titulaire d’un doctorat franco-italien en sociologie (université de Strasbourg et université Ca’ Foscari de Venise), j’ai consacré ma thèse aux unions binationales et mixtes conclues entre un citoyen et un étranger ressortissant d’un pays « arabe ». Pendant le parcours de vie de ces couples des marqueurs d’identité, réels ou supposés, tels que la nationalité, l’origine ethnico-culturelle et l’affiliation religieuse, alimentent des réactions stigmatisantes dans l’entourage du couple et des traitements différentiels dans le dispositif d’immigration qui discréditent le partenaire étranger et affectent son partenaire national et ses enfants. Par ce travail, qui est à l’origine de mon ouvrage Mixités conjugales. Discrédits, résistances et créativités dans les familles avec un partenaire arabe (Presses universitaires de Rennes, 2016), j’ai apporté un regard innovant sur la mixité conjugale. Ce fait social total, d’une part, éclaire les « contacts mixtes » entre étrangers et non-étrangers et, d’autre part, permet de réfléchir aux divers mécanismes de production de l’altérité. Mon travail a ainsi jeté un regard neuf sur la mixité conjugale : 1/ il mesure les conséquences de l’intervention de l’État dans l’espace intime et décrit les interactions entre sphère publique et sphère privée ; 2/ il décentre l’étude des migrations en introduisant le point de vue des nationaux et son évolution d’une génération à l’autre ; 3/ il analyse le rôle joué par l’action collective et par les associations de soutien juridique, culturelle et de dialogue interreligieux, qui mobilisent une partie des couples interrogés.

J’ai approfondi ce dernier aspect pendant le projet « Awareness and Migration: Organizations for bi-national family Rights Empowerment » (AMORE) financé par le programme européen Marie Skłodowska Curie et conduit le Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (GERME) de l’Université libre de Bruxelles entre 2014 et 2016, puis lors de mon projet « Réseaux d’expertises juridiques. Registres de conscientisation, d’adaptation et de résistance aux politiques migratoires familiales en Méditerranée » conduit dans le cadre du programme LabexMed à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme d’Aix-en-Provence entre 2016 et 2018.

Précisément, lors du projet AMORE, j’ai comparé l’impact des politiques migratoires familiales des années 2000 dans trois villes : Bruxelles, Strasbourg et Turin. Pour analyser les effets des pratiques administratives locales sur l’accès au séjour et la naturalisation des conjoints étrangers unis à des nationaux, j’ai recueilli les récits croisés de leurs expériences bureaucratiques et pratiqué une immersion ethnographique auprès des acteurs associatifs qui les soutiennent. Ce projet AMORE a débouché sur une série de publications dans des revues ou des collections d’ouvrages à comité de lecture par lesquelles j’ai souligné la nécessité d’analyser les pratiques bureaucratiques des deux côtés du guichet, exploré les liens entre la gestion de la migration de mariage et l’héritage colonial, analysé la dimension genrée de l’action collective en faveur des couples binationaux. J’ai également étudié la légitimité qu’apporte la naturalisation dans la mobilisation du droit à une vie familiale « normale », ainsi que les conflits de légitimité entre l’engagement européen et l’engagement national dans la mobilisation associative. Ensuite, pour aller plus loin, lors du projet « Réseaux d’expertise juridiques », par immersions ethnographiques,  dépouillement des bases de données de tribunaux administratifs et entretiens auprès d’avocats et de travailleurs associatifs impliqués dans les contentieux des étrangers en couples binationaux, en France et en Italie, j’ai cerné le rôle que jouent ces groupes professionnels en tant qu’intermédiaires du droit des migrations, acteurs du processus général de judiciarisation et intervenants dans la construction des « ayants droit ».

Caractérisées par une approche comparative et intersectionnelle, attentives à la diversité des échelles, mes recherches s’inscrivent à la croisée de la sociologie de la famille en migration, de la sociologie du droit et de la réception de l’action publique par ses ressortissants individuels, ainsi que de la sociologie des mouvements sociaux et des intermédiaires du droit. Je mène mes recherches davantage par récits de vie, entretiens narratifs, ethnographie et observations participantes, voire participations observantes. Je travaille depuis de nombreuses années avec la méthode de l’évaluation biographique des politiques migratoires (Apitzsch, Kontos et Inowlocki, 2008 ; Delcroix, 2013).

Je suis chercheure associée au Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d'histoire (MESOPOLHIS UMR 7064, université d’Aix-Marseille, Aix-en-Provence), affiliée au laboratoire Dynamiques Européennes (DynamE, UMR 7367, université de Strasbourg), membre de l’Institut Convergences Migrations (Paris) et de la Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre (STRIGES) de l’Université libre de Bruxelles. Je suis aussi cowebmaster du Research Committee « Language and Society » RC25 de l'International Sociological Association.

Mon projet de recherche actuel interroge les interférences entre action publique et intimité à la lumière des pratiques d’intermédiation et d’usages du droit à la vie familiale des exilés en France et Italie. Il se décline selon trois axes de recherche : (1) les dynamiques du développement d’une « conscience des droits » ouverts par les attaches personnelles et familiales ; (2) la construction et l’appréciation de la matérialité de ces attaches au prisme de la notion de « documentalité » ; et (3) les mécanismes d’intermédiation qui régissent la socialisation aux droits en action et l’amélioration du capital procédural des exilés.

Actuellement, j’inclus dans mon travail de recherche les conséquences de la crise sanitaire sur les familles mixtes et migrantes, notamment avec l’étude des formes de solidarités à la fois en termes d’aides concrets (i.e. alimentaire) et de soutiens aux blocages des démarches administratives (i.e. : visa, etc.).

En outre, depuis 2020, je collabore dans le cadre du projet « L’analyse collective et le partage de données qualitatives en recherche sur les migrations » (CollabMig) et « Diversité de statuts juridiques au sein de familles migrantes : une comparaison historique » (DiversFam), financés par l’ICM et porté par C. Delcroix. Et depuis février 2021, je suis associée au projet « La détermination de l’âge des jeunes migrants non accompagnés », financé par le GIP justice et porté par F. Jacquelot (Centre de recherches critiques sur le droit Cercrid, UMR 5137, faculté de droit de Saint-Étienne).

Sélection de publications

  • Cerchiaro F. et Odasso L. (2021), « Why do we have to circumcise our son? Meanings behind male circumcision in the life stories of mixed couples with a Muslim partner », Journal of Ethnic and Migration Studieshttps://doi.org/10.1080/1369183X.2021.1926941
  • Miaz J., Odasso L. et Sabrié R., (dir) « Le Droit de la migration et ses intermédiaires », numéro spécial de Droit et Société 107(1).
  • Odasso L. (2021), « Signifier sa pratique du droit des étrangers : éthos professionnel et clivages parmi les intermédiaires du droit au recours », Droit et Société 107(1), 83-101.

  • Odasso L. (2021), « Negotiating Legitimacy: Binational Couples in the Face of Immigration Bureaucracy in Belgium and Italy », Anthropologica 63(1), https://doi.org/10.18357/anthropologica631202127

  • Odasso L. et Fillod-Chabaud A. (dirs), 2020. Faire et défaire les liens familiaux. Usages et pratiques du droit en contexte migratoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 214 p. http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=5059

  • Odasso L., 2020. « Family Rights-Claiming as Act of Citizenship: An Intersectional Perspective on the Performance of Intimate Citizenship », Identities. Global Studies in Culture and Power. https://doi.org/10.1080/1070289X.2020.1723309

  • Odasso L., 2018. « Views of Europe: National Civil Society Organisations for Binational Family Rights on the Road to Brussels », Journal of Contemporary European Research, 14(2): 138-153. https://doi.org/10.30950/jcer.v14i2.873

  • Odasso L., 2016. Mixités conjugales. Discrédits, résistances et créativités dans les familles avec unpartenaire arabe, Rennes, Presses universitaires de Rennes. http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4233

Audrey Lenoel

Audrey Lenoël  ̶  postdoctorante à la chaire

Titulaire d’un doctorat (PhD in Social Policy) de l’université de Bristol en Grande-Bretagne, je travaille depuis plusieurs années sur les déterminants et les effets des migrations internationales dans les pays d’origine, au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. Je m’intéresse particulièrement aux liens entre migration, développement et relations de genre.

Mes travaux de thèse, basés sur l’analyse de données d’enquête sociodémographique et d’un travail de terrain réalisé dans une localité de la région du Souss-Massa-Drâa, portaient sur les effets de la migration et des transferts d’argent sur l’autonomisation des épouses de migrants marocains restées au pays. Cette recherche a donné lieu à plusieurs publications. J’ai ensuite coordonné une enquête sur la migration de retour au Sénégal, dans le cadre du projet européen TEMPER (Temporary vs Permanent Migration) en tant que chargée d’études postdoctorante à l’Institut national d’études démographiques (Ined), puis assisté le Pr Héran en tant qu'ingénieure-chercheure à la chaire. Je travaille actuellement sur le projet MIGCHOICE, coordonné par l’université de Birmingham au Royaume-Uni, dont l’objectif est de comprendre la manière dont les interventions de développement réalisées dans les pays d’origine peuvent affecter les aspirations, les décisions et les mobilités des populations en Afrique de l’Ouest, et plus spécifiquement en Gambie, en Guinée et au Sénégal.

Sélection de publications

  • Lenoël A. et David, A. (2019) « Leaving work behind? The impact of emigration on female labour force participation in Morocco », International Migration Review. DOI: 10.1177/0197918318768553
  • Lenoël, A. (2017), « The “three ages” of left-behind Moroccan wives: status, decision-making power and access to resources », Population, Space and Place, 23:e2077. DOI: 10.1002/psp.2077