La conquête de l'énergie, les besoins industriels, l'avènement de l'anthropocène

La première espèce domestiquée par l’humain a été le loup, devenu chien, puis suivront chat, chèvre, vache, porc, mouton et, plus tard, cheval, dromadaire, poule, canard et lapin. Aux mammifères et oiseaux s’ajouteront ensuite les poissons d’eau douce et les invertébrés aquatiques (huîtres, moules, etc.) et, tout récemment, les crevettes et les poissons marins. La dynamique malthusienne-darwinienne des trajectoires des civilisations s’inscrit dans le progrès technologique des inventions[2], de l’arc, de la flèche et de la roue, aux métaux et à la poudre noire, des routes aux vaccins, antibiotiques et ordinateurs. La grande invention, à la fin du xviiisiècle, sera la machine à vapeur qui nous fera basculer de l’époque « cheval animal » à « cheval vapeur » avec, immédiatement, l’accélération croissante des besoins énergétiques en combustibles fossiles, charbon et pétrole.

La question est régulièrement posée du nombre d’espèces existantes sur la terre aujourd’hui et de l’impact des activités humaines sur l’évolution du monde vivant. Un fort gradient pôle-équateur apparaît, avec de plus en plus d’espèces quand on se rapproche de l’équateur et les répartitions des êtres vivants sont très hétérogènes. Les notions de « hot spot » et de « mégadivers »[3] ont beaucoup été discutées. Plus de 2 millions d’espèces sont aujourd’hui décrites et déposées dans les musées d’histoire naturelle mais il en reste au moins 5 à 10 fois plus à découvrir. Se pose alors la question de l’accélération de leur extinction et de la rentrée dans l’anthropocène[4]. En 2001, S. Palumbi[5] attirait l’attention sur la prédominance des activités humaines sur l’évolution du vivant et, en novembre 2011, un collectif d’auteurs alertait : « Le “sauvage” s’en va ! », dans la revue Science. Les exemples emblématiques de la mer d’Aral et de l’île de Pâques ont souvent été utilisés pour convaincre. Nous assistons aujourd’hui aux prévisions de l’épuisement des ressources finies, certaines dans un futur proche, et à l’accélération de nos besoins en énergies, dont encore beaucoup trop de ressources fossiles. La publication en 2005 des travaux collectifs de l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) a mis l’accent sur la notion de « services rendus par les écosystèmes » et reprécisé les vitesses d’extinction des espèces[6].

Les quatre grandes causes de l’érosion de la biodiversité sont la destruction et la pollution des milieux naturels, la surexploitation des stocks (pêche et déforestation par exemple), la dissémination anarchique des espèces dont certaines se révèlent invasives par la suite et enfin le dérèglement climatique dans lequel l’humain a bien sa part.

[2]  Nekola J. C. et al., 2013. « The Malthusian-Darwinian dynamic and the trajectory of civilization », Trends in Ecology and Evolution, vol. 28, n3, 127-130, DOI : 10.1016/j.tree.2012.12.001.

[3]  Myers N., Mittermeier R. A., Mittermeier C. G., da Fonseca G. A. B. et Kent J., 2000. « Biodiversity hotspots for conservation priorities », Nature, vol. 403, 853–858.

[4]  Crutzen P. J. et Stoermer E. F., 2000. « The “Anthropocene” », Global Change Newsletter, n41, 17-18 (en ligne sur : www.igbp.net).

[5]  Palumbi S. R., 2001. « Humans as the world’s greatest evolutionary force », Science, vol. 293, no 5536, 1786-1790, DOI :10.1126/science.293.5536.1786.

[6]  Millennium Ecosystem Assessment, 2005. Ecosystems and human well-being: synthesis, Washington D.C., Island Press, 137 p.