Le cas étrange du livret latin d'Œdipe Roi de Stravinsky

J’ai proposé la « réhabilitation » littéraire du livret en langue latine composé par le jeune Jean Daniélou et commandé par Igor Stravinsky pour son opéra Œdipe Roi (1927). Mon analyse a commencé par une brève discussion des intentions de Stravinsky au moment où le musicien refusa le livret que Jean Cocteau avait écrit en français, pour se tourner vers un livret écrit dans une langue inaccessible à la majorité de son auditoire. Dans la suite, j’ai offert un résumé des opinions négatives qui ont été émises au sujet du livret de Daniélou, en les critiquant à mon tour. J’ai soutenu (1) que le livret est en syntonie parfaite avec l’intention de Stravinsky de créer un opéra monumental ; et (2) que Daniélou ne tente pas du tout (contrairement à ce que la critique affirme généralement) de reproduire en latin les effets de la langue grecque de Sophocle, mais qu’il était plutôt influencé et inspiré par la langue latine utilisée par Sénèque dans ses tragédies, et qu’il se proposait de créer un complément verbal à la monumentalité monolithique de la musique de Stravinsky.