Mixis et diagnôsis : Aristote et la « chimie » du monde sublunaire

Dans le traité De la génération et la corruption I 10, Aristote introduit la notion nouvelle de « mélange » (mixis) pour expliquer la constitution des substances homogènes dont se composent tous les êtres complexes – naturels et artificiels – du monde sublunaire. Dans le mélange, les ingrédients « réagissent » réciproquement pour donner naissance à une nouvelle substance, qualitativement différente, ayant une formule propre, mais ils y demeurent aussi, en puissance, et peuvent être séparés à nouveau. Mais comment persistent-ils potentiellement dans le composé et comment peuvent-ils à nouveau être séparés ? Dans le livre IV des Météorologiques, Aristote esquisse la possibilité d'effectuer une « diagnose » de ces corps à partir de certaines propriétés passives et techniques, comme la fusibilité ou la ductilité des métaux. Il s’agit d’une opération cognitive essentiellement théorique qui vise à comprendre la structure causale, la composition matérielle et la genèse de la formation de ces corps. Mais elle n'exclut pas, même si de manière occasionnelle et subordonnée, des procédés expérimentaux, comme la distillation.