Roger Dion Chaire de Géographie historique de la France (1948-1968)

Hommage

  • fr

Roger Dion, né en 1896, dans la Creuse, fut combattant de la Première Guerre mondiale, élève de l'École Normale Supérieure, puis Docteur ès-Lettres avec une thèse sur le Val-de-Loire soutenue en 1933. Il enseigna notamment à Lille, à la Sorbonne et au Collège de France.

Au centre de ses recherches s'inscrivait la géographie historique, l'élucidation de l'espace humain par le temps de l'histoire, qu'il s'agisse du Val-de-Loire, des frontières de la France, des voyages de Pytheas ou des campagnes de César. Son œuvre la plus importante reste l'Histoire de la Vigne et du Vin en France des origines au XIXe siècle. Dion partait de l'implantation des premiers vignobles chez les Helviens du Dauphiné et les habitants du Bordelais, cépages respectivement venus des pays italiques et de la zone cantabrique. Il soulignait le rôle des grandes innovations technologiques comme l'invention du tonneau par les Gaulois du sud au premier siècle de notre ère. Ce récipient était infiniment plus pratique pour les transports de boisson si volumineux que ne l'est l'amphore coutumière des anciens Grecs, lourde et minuscule. Roger Dion montrait aussi la concentration de nos grands vignobles auprès des villes épiscopales et carolingiennes, même situées en Bourgogne et dans le Bassin Parisien... Ces cités paraissaient a priori trop septentrionales, embrumées, marginales pour la culture de la vigne et pourtant elles lui ont donné quelquefois ses meilleurs crus. Notre collègue indique aussi le rôle de la distillation médiévale et surtout moderne. En réduisant de 60 % le volume du produit mis en cause, elle permet un commerce à longue distance de ce qui est offert sur le marché par la viti­culture. Dion explique l'importance du vin dans notre économie avant le XIXe siècle ou le XXe siècle par le caractère relativement prophylactique de cette boisson. Elle est moins dangereuse aux citadins que ne le sont les eaux des puits, issues des eaux stagnantes et souvent souillées de la nappe phréatique sous-jacente, elle-même génératrice de typhoïde. Avec les pro­cédés de purification de l'eau, la question, au XXe siècle, changera de face bien évidemment...

Souhaitons, pour conclure, que les œuvres de Roger Dion, qu'il diffusait modestement lui-même, connaissent par notre intermédiaire ou par celle d'un grand éditeur les rééditions qui s'imposent et saluons la mémoire d'un collègue bienveillant et modeste qui, jusque dans son grand âge, resta toujours secourable et accueillant pour les jeunes chercheurs.

1981

Emmanuel Le Roy Ladurie