Les plaques tournantes de l'histoire globale, XVIᵉ-XVIIIᵉ siècles : Carrefours et lieux de rencontre

La série de cours de l’année 2016-2017 était consacrée à la question de la place des villes dans l’histoire globale de la première modernité. Nous avons choisi de centrer notre attention sur les villes qui jouaient un rôle de « plaque tournante », dans le cadre d’un système étendu et dispersé. Il était nécessaire, par conséquent, de commencer par un certain nombre de repères théoriques, venant soit de la sociologie soit de l’économie (et la théorie de la localisation). Parmi les travaux les plus importants, nous avons cité les textes universalistes de l’économiste allemand August Lösch (1906-1945), auteur du livre fondamental Die räumliche Ordnung der Wirtschaft. Mais notre attention a surtout été portée sur les écrits culturalistes de Max Weber, notamment sur la distinction entre l’évolution historique de la ville en Occident et ailleurs. Cependant, nous avons souligné que la conception historique de Weber a fait l’objet de nombreuses critiques, venant par exemple des historiens spécialistes du monde musulman. André Raymond, dans ses écrits, a démontré la curieuse complicité entre une partie de la tradition wébérienne et la tradition « orientaliste » sur la question de l’urbanisme, représentée par des chercheurs comme Jean Sauvaget (1901-1950), Professeur au Collège de France. De ce point de vue, « La ville “musulmane” n’a pas davantage su se doter des institutions communales qui ont assuré le développement de la ville médiévale. Elle n’est pas administrée. Comment s’en étonner ? “Le statut des villes”, note Jean Sauvaget, dans un article fameux sur Damas, “ne fait l’objet d’aucune disposition particulière de la Loi islamique. Il n’est plus d’institutions municipales… La ville n’est plus considérée comme une entité, comme un être en soi, complexe et vivant : elle n’est plus qu’une réunion d’individus aux intérêts contradictoires, qui, chacun dans sa sphère, agissent pour leur propre compte” ». La conclusion de cette discussion semble presque inévitable, comme l’ironise Raymond : « La ville n’est qu’une non-ville, l’urbanisme musulman [n’est] qu’un non-urbanisme. » On peut facilement trouver des écrits semblables portant sur la ville en Chine, en Inde, ou en Amérique précolombienne, d’où la nécessité de confronter ces généralisations venues de l’historiographie classique avec les travaux récents dans le cadre de l’histoire globale.

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