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Nous disons volontiers de certaines choses, qu’elles sont gracieuses, tristes, harmonieuses, belles, ou élégantes. La question qui se pose immédiatement au philosophe est celle de savoir comment il faut entendre de telles assertions. Pour le réaliste esthétique, des prédicats comme « délicat », « sentimental », ou « majestueux » font référence à des propriétés esthétiques d’un type spécifique. Ces propriétés distinctives joueraient le rôle de « vérifacteurs » de nos jugements esthétiques, dont elles garantiraient ainsi la normativité. Les anti-réalistes esthétiques s’opposent à une telle analyse. Pour eux, les prédicats esthétiques ne dénotent en rien des qualités dont seraient objectivement dotés les objets. Il faudrait plutôt y voir le reflet des sensibilités ou attitudes des appréciateurs, ou encore, l’effet que font sur nous certaines choses.

Cette dispute théorique, aussi ancienne que l’esthétique, a fait l’objet de discussions renouvelées dans la philosophie de l’art aux XXe et XXIe siècles (Sibley, Beardsley, Scruton, Levinson, Walton, Pouivet, Zemach, Zangwill). Mais elle est encore trop rarement abordée pour elle-même en métaphysique. Or, une théorie des propriétés esthétiques, quelle qu’elle soit, est ipso facto solidaire d’une métaphysique des propriétés. Il y a donc tout lieu de penser que les débats métaphysiques récents sur les propriétés permettent de dégager de nouvelles perspectives sur cette question.

L’objectif de ce colloque sera de faire la lumière sur ces discussions contemporaines autour des propriétés esthétiques, en croisant esthétique et métaphysique. Nous aborderons des questions comme celles-ci : Existe-t-il des propriétés esthétiques ? Comment les distinguer d’autres types de propriétés ? Y a-t-il différents types de propriétés esthétiques ? Comment penser la dépendance des propriétés esthétiques relativement aux propriétés physiques des objets ? Peut-on rendre compte des propriétés esthétiques dans un cadre naturaliste ? Les propriétés esthétiques sont-elles nécessairement perçues ? Quelle métaphysique des propriétés doit sous-tendre une théorie des propriétés esthétiques ? Celles-ci doivent-elles se comprendre comme des dispositions ? Peut-on rendre les propriétés esthétiques acceptables pour un nominaliste ? L’anti-réalisme esthétique condamne-t-il au subjectivisme ou au relativisme ? Le réalisme esthétique survit-il au phénomène du désaccord esthétique ? Faut-il reconnaître l’existence de propriétés esthétiques pour rendre compte de la normativité esthétique ? 

Telles sont les questions que, parmi tant d’autres, nous explorerons dans ce colloque international, où interviendront des spécialistes de philosophie de l’art et de métaphysique.

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