23 jan 2018
11:00 - 12:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Le cours revient sur la notion de « société dantesque », développée la semaine précédente, entre fiction du cas et friction des normes – une lecture juridique de la Comédie permettant de ressaisir la figure du poète comme procreator. Mais elle le fait à partir de son souvenir dans le Trecentonovelle de Franco Sachetti, tentant de définir cette notion de « passé récent » qui désigne Dante, depuis Boccace et la novellistica. On analyse pour cela un épisode de la vie de Boccace (son voyage à Vérone en 1350 pour s’acquitter de la dette de Florence envers la fille de l’exilé devenue « sœur Béatrice »), posant la question du nom propre comme « bouclier de vérité ». Cette question éclaire aussi la première nouvelle de la première journée du Décaméron, dont on propose ici un exercice de microlecture, reconstituant la chaîne fictionnelle qui, de Ceparello à Ciappelletto, mène de l’auteur à son narrateur et d’un personnage historique à son double imaginaire. Cette parodie qui tourne mal met en jeu le rapport ambigu entre dérision, émancipation et critique sociale sur laquelle s’achève l’analyse, en dialogue avec les hypothèses formulées par Robert Hollander sur la force de la satire et le rapport entre Dante et Boccace.

Sommaire

  • Vérone, 1350 : Boccace et sœur Béatrice
  • Le nom est un « bouclier de vérité » : « Lorsqu’à mes yeux parut pour la première fois la glorieuse dame de ma pensée, laquelle fut appelée Béatrice par bien des gens qui ne savaient ce que c’est que donner un nom » (Dante, Vita nuova)
  • « A Messer Giovanni Boccaccio payé ce jour dix florins d’or pour qu’il les donne à sœur Béatrice de Dante Alighieri, moniale de Santo Stefano degli Ulivi à Ravenne »
  • Bologne, 1317-1321 : premières attestations documentaires de la diffusion sociale de la Commedia
  • La société dantesque, depuis le Trecentonovelle de Franco Sacchetti
  • Qui est Boccace en 1350 ?
  • « Ici commence le livre qui a pour titre Décaméron et pour sous-titre Prince Galehaut, dans lequel sont contenues cent nouvelles dites en dix jours par sept dames et par trois jeunes gens »
  • Francesca da Rimini et Paolo Malatesta : « Galehaut fut le livre et le trouvère » (Inf., IV, 137)
  • Le récit par Boccace de la mort de Paolo et Francesca en 1373, ou la 101e nouvelle du Décaméron
  • Une comédie humaine. « Je veux qu’en cette première journée, chacun soit libre de traiter le sujet qu’il voudra » (Décaméron, I, 1)
  • Quand doit-on commencer à rire ? Dérision, émancipation et critique sociale
  • Io sono una forza del Passato : Pasolini et la Trilogie de la vie
  • Boccace, Genealogiae deorum gentilium libri : la fable est comme un voile ou une écorce qui cache la vérité de l’exemple sous une fiction
  • Les opérations du droit, la théologie et la logique du comme si (Yan Thomas)
  • « Mon histoire est celle de Musciatto Franzesi »
  • De Ceparello à Ciappelletto : un personnage nommé par une équivoque
  • L’auteur, son narrateur, un personnage historique et son double imaginaire : la chaîne fictionnelle
  • Documenti di Ser Ciappellatto (Cesare Paoli) , « Notaire de son état, il était fort honteux quand l’un de ses actes (encore qu’il en couchât très peu de sa main) n’était pas tenu pour un faux »
  • La fabrique des saints, une parodie qui tourne mal : « Ainsi donc vécut et mourut maître Ciappelletto de Prato, dont on fit un saint comme vous venez de l’entendre. Loin de moi l’idée de nier sa présence parmi les bienheureux »
  • Quand on cesse de rire : traductions de la première nouvelle de la première journée du Décaméron en castillan et en français (Enrica Zanin)
  • « Car ça commence toujours avant et il finit toujours par manquer quelque chose » (Mathieu Riboulet, Entre les deux il n’y a rien (Verdier, 2015)
  • Infamia, arbitrium, privilegium, pactum : une lecture normative de l’œuvre de Dante (Justin Steinberg, Dante and the Limits of Law, Chicago UP, 2013)
  • Le poète procreator : « N’attend plus de moi ni dire ni mon signe/car libéré, droit et sain est ton arbitre/ ne pas faire à son gré serait forfaire » (Purg., XXVII, 139-142)
  • Ciappelletto est-il le double parodique de Brunetto Latini ? (Robert Hollander, Boccaccio’s Dante and the Shaping Force of Satire, 1997)
  • Siete voi qui ser Brunetto ? Dante sous une pluie de feu (André Pézard, 1950)
  • L’Ulysse de Dante désire divenir del mondo esperto (Inf. XXVI, 98)
  • Primo Levi, Si c’est un homme : « J’y suis, attention Pikolo, ouvre grands tes oreilles et ton esprit, j’ai besoin que tu comprennes : Considerate la vostra semenza : Fatti non foste a viver come bruti/Ma per seguir virtute e conoscenza. Et c’est comme si moi aussi j’entendais ces paroles pour la première fois : comme une sonnerie de trompettes, comme la voix de Dieu »