28 fév 2017
11:00 - 12:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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En comparant le frontispice du Léviathan aux vertus royales de l’Eikon basilikè, on propose une relecture de l’emblématique du pouvoir souverain qui vaut autant pour ce qu’elle cache que pour ce qu’elle montre. On évoque ensuite les nombreux débats (attributions, interprétations, traditions) que l’œuvre a suscités en histoire de l’art, notamment à partir de l’enquête de Horst Bredekamp, mais aussi en philosophie politique, depuis l’essai de Carlo Ginzburg définissant « le Léviathan, création artificielle, [qui] se dresse face à ceux qui l’ont créé par leur pacte – ceux dont il est fait – comme un objet qui remplit de crainte ». De quoi est faite cette crainte ? De terreur sacrée, de révérence, d’obéissance ? Et si la figure du roi sacrée était une illusion d’optique ? Autant de questions qui obligent à redéfinir la notion même d’incorporation.

Sommaire

  • Écrire sous la rose : le cachet de cire de Spinoza
  • L’effet d’énigme de l’emblème : ellipse ou brachyologie ?
  • Si non caste, tamen caute : éloge des lectures blessantes, pour « ôter les pétales et à élaguer les feuilles, afin de bien dégager les épines » (Jean-Claude Milner, Le sage trompeur. Libres raisonnements sur Spinoza et les Juifs, Lagrasse, 2013)
  • Retour à Hobbes, face à l’image : Corpus Homo Civis
  • « De ce que, de nos jours, le mot Libertas est écrit en lettres capitales sur les tours de la cité de Lucques, nul ne peut pour autant en conclure qu’une personne particulière y jouit de plus de liberté ou est plus dispensée de servir l’État, qu’elle ne l’est à Constantinople » (Léviathan)
  • Par contraste, les vertus royales dans l’Eikon basilikè, triomphe dans la défaite
  • Le frontispice du Léviathan est « une représentation du pouvoir souverain qui […] absorbe visiblement plus qu’elle ne les défie les changements révolutionnaires qui viennent de se produire » (Quentin Skinner)
  • Ce que montre l’image, ce qu’elle cache : le dieu mortel de la représentation, l’âme ou la tête de la République
  • La « partie facile » de la lecture emblématique : les deux volets du triptyque des panneaux emblématiques
  • Dans la partie supérieure, « la peur danse » (Job) : apparition du colosse
  • Le Léviathan comme monstre marin et l’empire maritime du Comonwealth : le flottement de la figure (Reinhardt Brandt)
  • L’ivresse de la netteté, le vertige de l’exactitude : les « frères du Leviathan » et les descendants posthumes de la gravure
  • Incertitude de l’attribution, puissance magique du nom propre : « Étant donné la délicatesse du Léviathan, l’alternative d’une attribution à un artiste parisien, Abraham Bosse, prend une importance particulière », Horst Bredekamp, Stratégies visuelles de Thomas Hobbes. Le Léviathan, archétype de l’État moderne, Paris, 2003)
  • Le manuscrit Egerton de la British Library et le prototype dessiné de la gravure : dans les deux cas, voir le roi
  • « Le Léviathan, création artificielle, se dresse face à ceux qui l’ont créé par leur pacte — ceux dont il est fait — comme un objet qui remplit de crainte » (Carlo Ginzburg, Peur révérence terreur. Quatre essais d’iconographie politique, Dijon, 2013)
  • Après la peste « nul n’était retenu ni par la crainte de dieu ni par les lois humaines » : Hobbes traducteur de Thucydide
  • La terreur sacrée et l’obéissance : Shock and Awe
  • Si la « crainte mutuelle » est le ciment de l’État, comment désigner l’ennemi ?
  • Les perspective glasses, loupes ou longues-vues ? La politique des éloignements et des rapprochements (Noël Malcom)
  • Rendre visible le raisonnement par expériences : l’enjeu politique d’une controverse scientifique (Steven Shapin et Simon Schaffer, Léviathan et la pompe à air. Hobbes et Boyle entre science et politique, Paris, 1993)
  • La figure du roi idéal serait-elle une illusion d’optique ?
  • Et qu’arriverait-il si ce corps était décapité ? Quand le général perd la tête, « la foule se pulvérise comme un flacon de Bologne dont on a coupé la pointe » (Freud, Psychologie des foules et analyse du moi)

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