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On appelle traditionnellement « peste noire » le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste, qui se diffuse en Europe à partir de 1347. Elle constitue à ce jour la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité. Son étude constitue aujourd’hui un laboratoire d’interdisciplinarité : les progrès conjoints de l’archéologie funéraire et de l’anthropologie, mais aussi de la microbiologie et des sciences de l’environnement, en ont révolutionné l’approche.

Mais elle pose également un défi narratif : comment écrire une histoire globale d’un événement de longue durée soumis aujourd’hui à un triple débordement (chronologique, géographique et disciplinaire) sans s’éloigner pour autant des exigences de l’histoire sociale ? Car si la peste est « bonne à penser » pour une histoire des pouvoirs, ce n’est pas seulement parce qu’elle met à l’épreuve ce que peut l’histoire dès lors qu'elle se montre accueillante à l’apport de toutes les sciences du passé, y compris lorsqu’elles fouillent les archives du vivant et celles de la Terre. C’est aussi parce qu’elle fut, historiquement, une mise à l’épreuve de la capacité des sociétés humaines à faire face à la mort de masse.