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Le monde grec antique n’a connu ni révélation, ni livres sacrés, ni classe sacerdotale, comme l’écrasante majorité des cultures humaines avant l’émergence des religions à vocation universelle et l’ère commune qui marque désormais le calcul du temps. Cette définition « par défaut » du système religieux des Grecs est le passage presque obligé de toute étude à ce sujet. Partant, la question de la norme religieuse se pose moins en fonction des caractéristiques propres au polythéisme grec qu’en regard de ce qu’il n’est pas ou de ce qu’il n’a pas. Quand l’interrogation s’infléchit pour le saisir positivement, c’est la notion d’« encastrement » (embeddedness en anglais) qui prévaut, comme dans la plupart des sociétés dites « traditionnelles », neutralisant en quelque sorte les spécificités de l’objet qui se dilue dans les différents aspects de la culture grecque. Mais, comme l’écrivait Marcel Detienne, « les Grecs ne sont pas une tribu ni une ethnie tout à fait comme les autres », et la pérennité d’une religion « encastrée » heurte de front le grand récit civilisationnel qui fait de la Grèce le creuset de la rationalité, de la philosophie, de la politique, des sciences. On a dès lors parlé d’une forme de « laïcisation » qui aurait fait refluer l’emprise de la religion.

Plutôt que d’associer la « raison grecque » au reflux d’une irrationalité qui serait le propre de toute religion, il s’agira d’interroger la place des puissances divines, des représentations du monde qui s’y attachent et des pratiques qu’elles induisent dans la structuration de la norme et de l’autorité dans les cités. Le cours de cette année ouvrira la réflexion sur ce thème par le biais d’une étude du vocabulaire de la sacralité et du lexique du comportement juste dans la poésie archaïque.

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