Le texte des Gāθās a été au centre du cours de l’année dernière. Plusieurs ajustements ont été faits par rapport aux Textes vieil-avestiques parus il y a 20 ans maintenant : 1. tenir compte de ce qui avait changé dans notre vision des Gāθās : les Gāθās montrent une unité littéraire tissée par chaque hāiti ; 2. les Gāθās sont un texte de récupération que les arrangeurs du Yasna récent ont décidé d’introduire au milieu de leur texte récitatif ; 3. vérification du rite, de l’eschatologie, des hommes et des adversaires. Ces deux premiers items ont été vérifiés l’année dernière, comme le montre ce résumé des leçons :
Salle 2, Site Marcelin Berthelot
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- 18.11.2011 : Histoire des études gâthiques : la spécificité des Gāθās reconnue par Martin Haug (1859-1862) ; des sermons en vers (Verspredigte) de Christian Bartholomae (1905) aux hymnes (Lieder) de Helmut Humbach (1959).
- 25.11.2011 : Histoire des études gāthiques : Johanna Narten reconnaît que les Gāθās constituent, avec le Yasna Haptaŋhāiti en prose, un ensemble que l’on peut définir comme Avesta ancien (1986). Jean Kellens et Éric Pirart entérinent cette nouvelle donnée, en même temps qu’ils tentent, après Stanley Insler (1975), une étude approfondie de la syntaxe (1988-1991).
- 02.12.2011 : Histoire des études gāthiques : après 1991, dans le sillage d’études plus anciennes menées, entre 1954 et 1985, par Wolfgang Lentz et Hanns-Peter Schmidt, le débat a porté principalement sur le mode de composition des Gāθās et leur fonction primitive (Almut Hintze, Stephanie Jamison, Martin Schwartz, Jean Kellens).
- 09.12.2011 : Description générale du corpus gāthique et impressions empiriques qu’il suscite chez celui qui cherche à en faire l’analyse (exemple des ruptures dans le fil du discours par Y 30.7 et Y 33.5). Catalogue, à l’aide de Y 28.1, des difficultés qui embarrassent notre compréhension du texte.
- 16.12.2011 : La question de savoir si les Gāθās sont un récitatif liturgique, dès lors qu’elles ont été reconnues comme des hymnes, a été âprement débattue depuis que Jean Kellens et Éric Pirart ont voulu faire du rite leur fonction exclusive. Un fait d’observation s’impose : la condensation massive du vocabulaire rituel dans un secteur bien défini de chaque Gāθā composée de plusieurs chapitres permet de conclure que chacune comporte un « moment sacrificiel », généralement final.
- 06.01.2012 : Le cours de 2009-2010 a fait apparaître que le Y 58 clôturait, dans la liturgie générale du Yasna, la phase consacrée à l’offrande carnée, qui commençait avec le Y 34. Les auteurs de l’Avesta récent et les arrangeurs du Yasna savaient donc que, dans le rite original de la première Gāθā, l’immolation animale et le dépôt de graisse dans le feu avaient lieu lors de la récitation du Y 34.
- 13.01.2012 : Il faut envisager, à titre d’hypothèse, que la première phase du « moment sacrificiel » de la première Gāθā, correspondant au Y 33, est celle de l’offrande de haoma.
- 20.01.2012 : C’est un autre fait d’observation que les Gāθās parlent étonnamment peu du sort post mortem des âmes individuelles : une seule strophe de chaque Gāθā (Y 31.20, Y 46.11, Y 49.11 et Y 51.13) évoque celui des méchants et une seule de tout le corpus (Y 49.10) celui des bons. En réalité, l’eschatologie gâthique est inscrite dans le mécanisme sacrificiel : la daēnā « vision aurorale » permet à l’officiant devenu saošiiaṇt « destiné à gonfler » de suivre un chemin conduisant au mīžda « prix de victoire ».
- 27.01.2012 : On voit bien que la daēnā est la forme immatérielle de l’aurore et que le gonflement inscrit dans le nom du saošiiaṇt est celui de la lumière aurorale se confondant avec la vision religieuse des hommes. Mais en quoi consiste le prix de victoire ? Ce n’est clairement ni la récompense accordée aux âmes individuelles, ni la perfection finale du monde. Il faudra y revenir.
- (03.02.2012) : Lecture récapitulative du « moment sacrificiel » de la première Gāθā (Y 33-34).
Désormais, nous allons nous pencher sur le troisième item : le personnel humain. Chaque Gāθā, quelle que soit sa longueur, fait l’énumération des noms de quelques hommes avec une liste plus ou moins longue selon les Gāθās. Leur succession présente toujours le même ordre.Voici la liste canonique la plus courante :
- Zaraθuštra, qui a le privilège d’être mentionné plusieurs fois dans chaque Gāθā. Le terme en lui-même présente une anomalie phonétique, puisque nous attendrions *zaraduštra, mais qui n’empêche pas la compréhension du terme. Nous avons un composé à premier terme verbal qui représente la qualité du second : « l’homme qui possède de vieux chameaux » formé sur la racine zar- « être vieux » et uštra- « chameau ». Nous avons donc affaire, comme souvent, à un nom dépréciatif.
- Vīštāspa « celui dont les chevaux sont déharnachés ».
- Fǝrašaoštra : = fraša + uštra soit « celui qui a des chameaux en pleine santé », ce qui établit un contraste avec Zaraθuštra.
- Dǝ̄jā̄māspa, qui n’est pas toujours mentionné, est également un nom dépréciatif « celui dont les chevaux ont été brûlés par le soleil, sont déshydratés ».
Parfois, la situation familiale de ces personnages est précisée : nom du père ou alors nom d’un ensemble social plus vaste. Lors des prochaines séances, nous essayerons de répondre aux questions suivantes : à quoi correspond l’énumération des noms propres ? À quel endroit se situe-t-elle dans chaque Gāθā ? Dans quel cadre fait-on cette énumération ?