Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

La leçon inaugurale a brossé un tableau chronologique des risques ayant pesé ou pesant encore sur la santé humaine, de la trilogie épidémies-guerres-famines, qui s’est progressivement et partiellement estompée, aux facteurs dits « de style de vie » (tabac, alcool, déséquilibres alimentaires, sédentarité) et aux agents physico-chimiques. Notre mouvement, centrifuge par rapport au patient et au déclenchement de la maladie, a consisté à passer de l’énumération des causes de décès à l’identification des causes des causes. Les pathologies infectieuses, dont le développement a pu être favorisé, entre autres, par l’invention de l’agriculture, qui a rapproché humains et animaux domestiques, favorisant les zoonoses, ont été jusqu’au début du XXsiècle la cause majeure de mortalité en Europe. Avec leur contrôle progressif dans les pays du Nord a eu lieu une transition épidémiologique qui a permis un allongement spectaculaire de l’espérance de vie, multipliée par trois en trois siècles (d’environ 25 ans avant la Révolution à 82 ans aujourd’hui en France). Cet allongement s’explique par une diminution de la mortalité par maladies infectieuses, qui survient souvent tôt, et par son remplacement progressif par les maladies chroniques, survenant généralement à un âge plus avancé. Nous avons rappelé la contribution des polymorphismes génétiques et des facteurs de style de vie à la survenue des maladies chroniques, réelle mais quantitativement limitée pour les maladies chroniques les plus fréquentes. Puis nous avons passé en revue les modifications de notre environnement au cours de l’Anthropocène (concernant substances chimiques, alimentation, tabac, etc.) et discuté les éléments généraux en faveur d’un effet de l’environnement physico-chimique sur la survenue de ces maladies chroniques, incluant le fait que certains facteurs environnementaux peuvent induire les mécanismes physiopathologiques impliqués dans de nombreuses maladies chroniques. Nous avons enfin évoqué les arguments plus spécifiques allant dans le même sens, s’appuyant sur les développements méthodologiques récents, à la fois dans le champ de la toxicologie et, chez l’humain, des biomarqueurs d’exposition et de l’inférence causale (Judea Pearl), qui fournit un cadre rigoureux pour l’identification des causes des maladies dans une approche non expérimentale.