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Écouter les cours de Thomas Pavel « Comment écouter la littérature »

Thomas Pavel durant sa leçon inaugurale

Extrait de la leçon inaugurale

D’ordinaire, ceux qui étudient la littérature la considèrent comme une cible cognitive, comme objet d’examen historique ou interprétatif. Il s’agira, cette fois, de changer de point de vue pour réfléchir à ce qui se passe lorsqu’une certaine intimité s’établit entre la littérature et son public, lorsque le lecteur s’abandonne à l’œuvre. Cet abandon est possible tout d’abord parce que les mondes de la fiction, pour étranges, fantastiques ou bourrés de mythologie qu’ils soient, demeurent toujours humains. La tentation de les explorer a également quelque chose à voir avec le fait que nous ne sommes jamais tout à fait identiques à la vie que nous menons. La vie ‘autrement’, offerte par la fiction, nous invite à exercer sans risques visibles une option inscrite dans cette identité imparfaite, option qui consiste à prendre des distances à l’égard de notre propre vie. Mais le seul plaisir de l’évasion ne suffirait pas. Nous cédons à l’attrait d’une œuvre parce qu’elle « indique quelque chose au travers d’elle » (Hegel) : des éléments idéaux, dont la vérité nous fascine. Ces éléments, une fois exprimés (souvent avec l’aide précieuse des connaissances historiques), ne font pas l’objet d’une simple connaissance, mais sont la cible d’une reconnaissance, d’un accueil, semblables à ceux que nous offrons aux personnes réelles et à leurs soucis. Telles les confidences d’un ami, le sens d’une œuvre littéraire est remis à nos soins. Ne pas l’écouter, ne pas le saisir, ce n’est pas simplement faire erreur, c’est le méconnaître. Et puisque, grâce aux liens qui s’établissent entre nous, lecteurs, et l’œuvre, ce sens nous est confié, le méconnaître c’est, dans un certain sens, le trahir. Je conclurai en affirmant que, loin d’être une invitation au moralisme, la réflexion sur l’intimité entre littérature et lecteur et sur la fidélité que celui-ci lui voue est susceptible d’éclairer la tâche de l’esthétique littéraire. Dans cette perspective, l’esthétique doit inclure la réflexion sur les moyens – anciens ou nouveaux, éprouvés ou inédits – qui préparent et invitent le public à accueillir le sens d’une œuvre.

Cours 2005-2006 – « Comment écouter la littérature ? »

« Comment écouter la littérature ? » (leçon inaugurale)

Les caprices des dieux, remarques sur l'épopée et la tragédie

Le grand théâtre du monde

Faire ce qu'on a envie de faire, du picaresque espagnol au roman russe

Spontanéité et maturité