Épisode 5 : La Revue juive

En 1925, de janvier à novembre, six livraisons de La Revue juive parurent à la librairie Gallimard, Éditions de la Nouvelle Revue française (les deux marques coexistaient encore), sous la direction d’Albert Cohen[1]. L’Organisation sioniste mondiale finançait la publication afin de promouvoir le sionisme auprès des élites politiques et intellectuelles françaises et de l’opinion francophone éclairée en général ; elle employait Cohen, lié depuis 1921 à Chaïm Weizmann, le président de l’OSM, tandis qu’André Spire, éminence grise mais haut fonctionnaire, se tenait en retrait, comme à la Ligue des amis du sionisme et à Menorah auparavant. Le nom de la revue résume son programme, juive et non israélite comme les Archives et L’Univers, soit sioniste et non assimiliationniste. Durant la brève et brillante existence de La Revue juive, les collaborateurs furent nombreux, éminents et très divers : Pierre Benoit, Léon Blum, Georges Cattaui, Ilya Ehrenbourg, Albert Einstein, Élie Faure, Sigmund Freud, Waldo Franck, Henri Hertz, Max Jacob, Jacques de Lacretelle, Armand Lunel, Louis Massignon, Jean de Menasce, Léon Pierre-Quint, André Spire, Rabindranath Tagore, etc.[2].

Figure 1 La Revue juive, n° 1, 15 janvier 1925 ; n° 6, novembre 1925.

Or Proust est omniprésent à travers les pages de La Revue juive, convoqué dans tous les numéros et à tout propos : « La revue se proposa d’annexer Proust », juge Gérard Valbert, le biographe d’Albert Cohen, même si Cohen lui-même n’y signa rien sur Proust de son nom, ni ailleurs après les quelques mentions dans son article précoce de La Revue de Genève en 1923 et avant les piques de Belle du Seigneur[3].

Première livraison

Jacques de Lacretelle confia au numéro inaugural de La Revue juive un long commentaire de son Silbermann, rédigé à la demande de Cohen. Ils étaient entrés en contact à la suite de l’article de Cohen dans La Revue de Genève. Lorsque Lacretelle évoque la difficulté qu’il y a à représenter en littérature des personnages juifs, la référence à Proust est immanquable :

Il faut prendre garde, lorsqu’on représente en littérature un type d’après sa race, de ne point tomber dans une peinture conventionnelle qui est facile à comprendre mais souvent fausse. Et cela est à craindre particulièrement pour le type du Juif, qui a une légende aussi grossière qu’une image d’Épinal. Ainsi, le Bloch créé par Proust n’est certainement pas un des meilleurs personnages de son œuvre. Il est tracé à gros traits, crûment colorié. On voudrait apercevoir quelques repentirs dans ce tableau. Combien plus originale, plus fine et parlant mieux à l’esprit est la figure de Swann. Celle-ci est, à mon avis, avec celle du Gutlib [sic] d’Israël[4], la plus intéressante figure de Juif que l’on trouve dans notre littérature. Et remarquez comme tous deux s’écartent du type conventionnel[5].

Dès 1922 et 1923, on s’en souvient, Cattaui et Spire louaient Proust pour avoir réussi à créer des personnages juifs irréductibles aux types conventionnels. Là où Lacretelle mentionne Swann, opposant la subtilité de son portrait à la caricature dont Bloch serait l’objet, une note renvoie justement à l’article accrocheur de Spire en 1923 dans Les Nouvelles littéraires, « Marcel Proust et les Juifs »[6], qui a rendu la question notoire en l’abordant pour la première fois dans la grande presse. Mais la comparaison de Swann avec Gutlieb peut étonner : ce personnage d’Israël, mélodrame d’Henry Bernstein créé en octobre 1908 et bourré de clichés, est un banquier provoqué en duel par une jeune aristocrate antisémite ; or le jeune homme découvre que Gutlieb est son propre père, à la suite de quoi il se suicide.

Plus loin dans ce premier numéro de La Revue juive, un certain Emmanuel Arié rend compte du livre d’un certain Jaime de Beslou, Idéologues, ou plutôt de la première des nouvelles, « Les systèmes du baron T’Phlex », recueillies dans ce volume publié aux Éditions du Sagittaire (dont Léon Pierre-Quint, lié aux enfants de Simon Kra, est le directeur littéraire)[7].

Figure 2 Emmanuel Arié.

La recension commence sans ménagements en récitant le nouveau lieu commun sur Proust en ce milieu des années 1920 : « De Montaigne à Proust, quoi de plus curieux à observer qu’un demi-juif. C’en est un que ce Baron T’Phlex dont Jaime de Beslou rapporte les systèmes et l’étonnante aventure[8]. » La filiation de Montaigne à Proust est désormais une idée tellement reçue que l’on ne doit plus l’expliquer et que l’on peut se contenter de l’alléguer. Pourquoi Arié s’occupe-t-il de ce livre alors que, signale-t-il d’emblée, « [d]’aucuns ont reproché à l’auteur de cette nouvelle de n’avoir fait que colporter un vieux lot de caricatures juives[9] » ?

Figure 3 Jaime de Beslou, Idéologues, 1923.

Pour justifier de s’y intéresser malgré cela, Arié démasque l’auteur caché sous le pseudonyme de Beslou : « Proust n’avait pas tort de défendre Blanche de ce reproche [l’antisémitisme]. Car ceux qui ont lu les Cahiers d’un artiste, n’auront pas été longs à reconnaître que Jaime de Beslou et Jacques-Émile Blanche ne font qu’un. » Jacques-Émile Blanche : le peintre, le fils et le petit-fils du docteur Blanche, l’ami de Proust, l’auteur du fameux portrait du jeune Marcel en dandy à l’orchidée blanche, mais aussi l’écrivain pour qui Proust écrivit une préface à ses Propos de peintre (Émile-Paul, 1919). Ses Idéologues rassemblent quatre nouvelles, des portraits humoristiques dont l’intérêt n’est pas démesuré. Arié en commente un seul, celui du baron T’Phlex, en raison des origines juives du personnage et surtout parce que cela lui permet de citer des lettres inédites de Proust à Blanche, auxquelles Blanche lui a donné accès. « La race n’explique pas tout », fait-il valoir. Toutefois, « quand chez Blanche et chez Proust, nous rencontrons certains traits de ressemblance, cela tient peut-être à ce qu’ils sont l’un et l’autre (Proust pour une moitié) d’origine normande. Et quand au contraire Proust et Blanche apparaissent profondément différents, on est tenté d’attribuer ces divergences au sang juif que Marcel Proust tenait de sa mère. » Arié n’exprime aucune critique et se contente de regretter le titre choisi pour ce livre : « Le Baron T’Phlex, histoire juive, par J.-É. Blanche aurait eu certainement un succès de curiosité plus considérable qu’Idéologues par J. de Beslou[10]. »

Le compte rendu ne dut pas déplaire à Blanche, puisque, nouvel indice de la complicité liant la rédaction de La Revue juive et le petit milieu proustien historique, la quatrième livraison de la revue, en juillet 1925, donnera d’abondants extraits des lettres de Proust à Blanche, que le destinataire confia à Albert Cohen et qui sont parmi les premières publications de la correspondance de Proust[11].

Toujours dans le premier numéro de La Revue juive, le compte rendu qui suit celui d’Emmanuel Arié porte la signature de Georges Cattaui, qui trouve lui aussi le moyen de citer Proust. C’est à propos de la Note conjointe sur M. Descartes de Péguy, précédée de la Note sur M. Bergson, publication posthume de 1924 dans les Œuvres complètes[12]. Péguy y met en scène le dialogue du juif et du chrétien, en l’occurrence celui de Julien Benda et de Péguy lui-même. À Péguy, qui avance que « Tout juif procède d’un certain fatalisme[13] » (préjugé traditionnel qui, soit dit en passant, va de conserve avec le préjugé inverse, s’inquiétant de l’impatience et de la révolte juives), Cattaui répond qu’il « ne peut plus le suivre[14] ». L’occasion est bonne pour opposer Proust à Péguy et redonner la citation habituelle sur l’endurance de Swann : « Swann appartenait à cette forte race juive, à l’énergie vitale, à la résistance à la mort …[15]. » Cattaui, alors sioniste activiste, se sert de Proust pour réfuter l’image victimaire du peuple juif entretenue par Péguy ; il choisit Proust contre Péguy, malgré son admiration pour ce dernier. 

Dans le deuxième numéro de La Revue juive, en mars 1925, une longue chronique non signée, sous la rubrique « Israël et les nations », s’intéresse à « La France et le sionisme ». Pour Albert Cohen et ses acolytes, il s’agit de prévenir les objections que les juifs français, partisans de l’assimilation, élèvent contre le sionisme. Or Proust y est cité à deux reprises comme un allié de choix. La première fois, c’est au titre du parallèle que son roman trace entre juifs et aristocrates : les uns comme les autres, les Guermantes comme les Bloch, attestent l’hérédité des caractères acquis en raison des mariages entre personnes du même sang[16]. La comparaison n’est pas pour déplaire. La seconde fois, c’est pour faire valoir que, quoi qu’il arrive, la France et Israël ne seront jamais séparés, étrangers l’un à l’autre, trop d’anciens liens les unissant et « le génie français n’ayant cessé de porter l’empreinte du génie juif », comme l’illustre encore le roman de Proust[17]. L’invocation de Proust vise à rassurer les juifs français en garantissant que le sionisme n’isolera jamais les juifs de la France et de sa culture, que l’« âme juive » et l’« esprit français », catégories habituelles de la réflexion de Cohen comme de Spire, continueront de se féconder.

Dans le troisième numéro de La Revue juive, André Spire rend compte du dernier livre de Myriam Harry (1869-1958), pseudonyme de Maria Rosette Shapira ou Mme Émile Perrault, demi-juive comme Proust, née à Jérusalem d’une mère protestante et d’un père converti. Élevée en Allemagne par sa mère après le suicide de son père, elle devint une romancière française à succès avec La Conquête de Jérusalem (Calmann-Lévy, 1904), transposition des mésaventures de son père. Le roman ayant échoué au prix Goncourt en raison de la misogynie du jury (et sans doute de son antisémitisme), le prix Femina, d’abord appelé Vie heureuse, fut créé pour la récompenser[18]. On aimerait prendre le temps de relater ses amours et ses voyages, mais l’occasion n’est pas la bonne. Proust ne la cite jamais, même s’il a pu la croiser chez Mme de Caillavet, salon qu’elle fréquentait, et si Philip Kolb voit dans une lettre à Reynaldo Hahn une allusion possible à une lettre de condoléances que Proust lui aurait envoyée en 1914, à la mort de Jules Lemaitre, avec qui elle avait eu une liaison et qui avait parrainé sa carrière littéraire[19].

Figure 4 Myriam Harry, Les Amants de Sion, 1923.

Après qu’elle a revu pour la première fois la Palestine, Les Amants de Sion (Fayard, 1923) est le récit de son voyage et de la redécouverte de ses racines juives. Spire compare la révélation du sionisme et le retour à Israël de Myriam Harry non seulement à la prise de conscience du « héros déjudaïsé du Chad Gadya de Zangwill », son propre modèle dans son engagement sioniste en 1904 (ou contre-modèle, puisque l’assimilation mène au suicide dans le conte de Zangwill), mais encore à la trajectoire de Proust : « C’est une aspiration analogue […] à cette invincible sympathie qui poussa Marcel Proust, demi-juif, baptisé, élevé en dehors du judaïsme[,] à préférer ses parents juifs et à choisir surtout ses amis parmi des Juifs et des demi-Juifs, à construire son histoire de la Société française à la fin du XIXsiècle, autour d’un héros juif intelligent, bon et fier[20]. » Proust couplé avec Israel Zangwill et Myriam Harry, c’est fort et surprenant, mais le voilà en effet embrigadé, ou « annexé » comme disait Valbert, parmi les prosélytes du sionisme, par Arié, Cattaui et Spire lui-même dans La Revue juive.

Une lettre de Georges Cattaui à Albert Cohen figure dans le cinquième numéro de La Revue juive, en septembre 1925, proposant l’érection d’un monument à la mémoire de Proust dans le jardin des Champs-Élysées, pour le troisième anniversaire de sa mort : « Que se joignent à nous tous les amis, tous les admirateurs de Marcel Proust, à quelque parti politique ou littéraire qu’ils appartiennent, de Léon Blum à Léon Daudet, d’André Gide à Pierre Benoit et d’André Breton à Rosny aîné… Il s’agit de commémorer l’une des plus pures et des plus hautes gloires littéraires de la France contemporaine[21]. » Le projet confirme le remarquable œcuménisme de la revue sioniste, alignant des couples qui nous paraissent aujourd’hui contre-nature, mais qui ne l’étaient pas aux yeux de Cattaui, puisque tous vénéraient Proust. Et Cohen soutient sa démarche, puisque La Revue juive jugera non convaincants les arguments d’un critique qui proteste contre le projet de Cattaui, « sioniste par-dessus le marché » et animé par un « snobisme exaspéré — et exaspérant »[22].

Proust (5) figure 5

Figure 5 La Revue juive, septembre 1925.

Dernière livraison

Albert Cohen a rencontré Robert Proust et obtenu de Gallimard des bonnes feuilles d’Albertine disparue pour la sixième et ultime livraison de La Revue juive en novembre 1925[23]. Intitulé « Mademoiselle de Forcheville », ce long extrait de près de vingt pages met en scène Gilberte Swann, l’amie d’enfance que le narrateur ne reconnaît plus sous son nouveau nom, celui de son père adoptif, le second mari d’Odette. Le passage publié dans La Revue juive est particulièrement bien choisi, car il décrit, selon Proust, « le moment où des suites de l’affaire Dreyfus était né un mouvement antisémite parallèle à un mouvement plus abondant de pénétration du monde par les Israélites[24]».

Figure 6 La Revue juive, novembre 1925.

Ces pages sont terribles : elles racontent la seconde mort de Swann, renié par sa fille et par ses amis, le duc et la duchesse de Guermantes, laquelle, après s’être toujours refusé à recevoir Gilberte du vivant de Swann, lui ouvre désormais les portes de son salon. Proust cible les mauvaises manières du grand monde, par exemple celles du duc de Guermantes qui parle de Swann comme d’un domestique : « C’est ainsi qu’un antisémite dit à un Juif, dans le moment même où il le couvre de son affabilité, du mal des Juifs, d’une façon générale qui permette d’être blessant sans être grossier[25]. » Proust dut souvent faire l’expérience d’affronts de ce genre dans les salons parisiens. L’un d’entre eux est bien documenté par une lettre à Robert de Montesquiou de mai 1896, époque de l’affaire Dreyfus, après que le comte eut fait une sortie contre les juifs devant Proust, qui prend sur lui de l’avertir le lendemain : « […] si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive » ; ainsi, « vous auriez pu me blesser involontairement dans une discussion »[26].

Gilberte, elle, dissimule ses origines par snobisme, mais elle les dévoile d’autant plus vivement à la suite d’une bévue qui a tout d’un lapsus : « […] une jeune fille ayant un jour, soit méchamment, soit maladroitement, demandé quel était le nom de son père non pas adoptif, mais véritable, dans son trouble et pour dénaturer un peu ce qu’elle avait à dire, elle avait prononcé au lieu de Souann, Svann, changement qu’elle s’aperçut un peu après être péjoratif, puisque cela faisait de ce nom d’origine anglaise, un nom allemand[27]. » Comme dans l’histoire juive de Katzmann qui se fait appeler Chalom, car ce sont les juifs qui portent en France des noms à consonance allemande.

La chute de l’extrait jette une dernière pelletée : « La présence de Gilberte dans un salon au lieu d’être une occasion qu’on parlât encore quelquefois de son père était un obstacle à ce qu’on saisît celles, de plus en plus rares, qu’on aurait pu avoir encore de le faire. Même à propos des mots qu’il avait dits, des objets qu’il avait donnés, on prit l’habitude de ne plus le nommer et celle qui aurait dû rajeunir, sinon perpétuer sa mémoire, se trouva hâter et consommer l’œuvre de la mort et de l’oubli[28]. » Lues dans La Revue juive, les bonnes feuilles d’Albertine disparue prennent un autre sens que dans le roman, ou un sens plus évident et plus irréfutable : elles dénoncent une intégration, assimilation ou absorption qui passe par l’effacement du nom et le reniement des origines. Albert Cohen avait bien choisi son extrait pour faire de Proust un censeur du franco-judaïsme et un prophète du sionisme. On peut douter que Robert Proust ait eu conscience de la manœuvre à laquelle il se prêtait en lui confiant ce passage d’À la recherche du temps perdu.

Le même dernier numéro de La Revue juive contient encore le compte rendu de Vingtième siècle, le recueil de Benjamin Crémieux, par Armand Lunel, recension qui, on l’a indiqué, porte pour l’essentiel sur la première étude, « la plus longue, la plus riche de toutes », consacrée à Proust[29]. L’article est tout à la gloire de Proust « qui, par les horizons qu’il découvre à notre avenir littéraire, occupera peut-être, et d’ailleurs dans un domaine tout différent, la même position d’initiateur, par rapport au XXsiècle, que Chateaubriand par rapport au XIXe[30] ».

Et si La Revue juive n’a pas rendu compte du Marcel Proust, sa vie, son œuvre de Léon Pierre-Quint, ce n’est pas faute de l’avoir souhaité, mais parce qu’elle s’est arrêtée inopinément. La correspondance échangée par Albert Cohen et Pierre-Quint durant le printemps et l’été 1925 porte à la fois sur les lettres de Jacques-Émile Blanche à paraître dans la quatrième livraison en juillet 1925 et sur le livre de Pierre-Quint sur Proust. Cohen cherche aussi à le recruter et lui écrit le 12 juin 1925, tout en lui confiant « le texte dactylographié des lettres de Marcel Proust » à Blanche : « Laissez-moi vous dire à cette occasion combien je serais heureux de vous voir apporter à la Revue juive l’appui de votre grand talent. / S’il vous plaisait, par exemple, de nous remettre une note sur un ouvrage d’auteur juif, nous ferions tout notre possible pour le publier dans notre numéro 4[31]. » Le livre de Pierre-Quint sort des presses à la fin de juin et Cohen lui écrit dès le 2 juillet : « Je vous remercie d’avoir bien voulu m’envoyer votre livre sur Marcel Proust, et de la dédicace dont votre bienveillance me dote. J’ai lu, avec un très grand intérêt, cette précieuse contribution. La partie consacrée à l’œuvre m’a paru particulièrement remarquable[32]. » Mais Cohen ne dit rien de la place très réduite faite à la judéité de Proust dans ce livre. Pierre-Quint lui propose le 23 juillet une note de son ami Robert Desnos, qui « serait très heureux de parler de mon bouquin dans une revue d’une diffusion plus grande que la Révolution surréaliste[33] », tandis qu’il rédigerait lui-même une note sur Carl Sternheim (1878-1942), écrivain expressionniste allemand. Cohen lui répond le 7 septembre, acceptant la note sur Sternheim, qui parut dans le dernier numéro de La Revue juive[34], mais refusant le texte de Desnos : « Je vous retourne la note de Mr. Desnos dont j’admire beaucoup le talent poétique. Mais je crois comme vous qu’il serait préférable de ne pas publier cette note critique. / C’est bien volontiers que nous parlerons de votre Proust dans un de nos prochains numéros. Auriez-vous l’obligeance de m’en adresser un exemplaire et d’en faire envoyer un autre à Mr. Georges Cattaui, 35 rue Madabegh Le Caire qui analysera probablement votre ouvrage[35]. » C’est ainsi que Robert Desnos ne collabora pas à La Revue juive[36], que Cattaui n’eut pas le temps de remettre sa copie avant l’interruption de la revue, et que La Révolution surréaliste ne parla pas non plus de Proust, sinon dans un étrange et beau portrait de son œil par Georges Bessière[37].

Figure 7 La Révolution surréaliste, janvier 1925.

Jean de Menasce 1925

En se concentrant autour de Proust en 1925, La Revue juive est en plein dans le mouvement littéraire. Toujours dans son dernier numéro, par une coïncidence intéressante, figure une longue note sur l’Ulysses de James Joyce, publié en anglais à Paris (Shakespeare and Company, 1922). Elle est signée par le tout jeune Jean de Menasce (1902-1973), brillant sujet[38]. Né à Alexandrie dans une grande famille de banquiers, c’est le cousin de Georges Cattaui. Son père, le baron de Menasce, est venu en aide à Albert Cohen au cours du séjour raté de ce dernier à Alexandrie en 1920-1921[39].

Proust (5) figure 8

Figure 8 Jean de Menasce (à gauche) en Angleterre, par Lady Ottoline Morrell, 1922 et 1924, National Portrait Gallery, Londres.

Éduqué à Oxford, particulièrement bien introduit à un âge très précoce dans les milieux intellectuels et littéraires modernistes, familier de Bertrand Russell, T. S. Eliot, E. M. Forster, Charles Du Bos, Constantin Cavafy, etc., on le voit sur les photographies du Bloomsbury Group prises par Lady Ottoline Morrell, maîtresse de Russell et modèle de la Lady Chatterley de D. H. Lawrence. En 1925, Jean de Menasce est employé au bureau de Genève de l’Organisation sioniste mondiale, où Albert Cohen lui succédera dès l’été 1925, et il occupe les fonctions de secrétaire de rédaction de La Revue juive. L’ardeur de son sionisme est manifeste. Après avoir assisté en avril 1925 à l’inauguration de l’Université hébraïque de Jérusalem, il écrit à son cousin Georges Cattaui : « Je suis mort à la juiverie. Je suis hébreu et judéen. Il faut vivre ici ; ailleurs est la mort et l’inanition[40]. » Superbe profession de foi sioniste ! Mais, bel exemple de passerelle entre les deux voies du sionisme et du prophétisme que Benjamin Crémieux distinguait dans le néo-judaïsme, il se convertira au catholicisme dès mai 1926, résistera aux menaces de son père qui le fait revenir en Égypte, entrera dans l’ordre dominicain en 1930, et sera ordonné prêtre en 1935. Initié au pehlevi par Émile Benveniste à l’École pratique des hautes études en 1937-1938, il accueillera le linguiste à Fribourg au cours de la guerre et ce grand savant occupera la chaire des religions de l’Iran à la VSection de l’EPHE à partir de 1948.

Lecteur avant-coureur d’Ulysses (non d’Ulysse, car il ne dit mot de la traduction française parue en 1924), il s’intéresse au personnage de Bloom et parle de lui avec vigueur : « Bloom est un Juif typique, mais il ne l’est pas comme dans la plupart des “romans juifs”, en vertu de son geste ou de ses préoccupations ; il l’est d’une façon unique et irréparable, par le schème de sa rêverie. Il ne pense pas à des choses juives, il pense juif. Ou plutôt, il ne pense pas, mais “ça pense en lui”[41]. » La réflexion démontre une étonnante maturité chez ce jeune homme de vingt-trois ans. Il découvre chez Joyce la même nouveauté que ses amis Spire et Cattaui apprécient chez Proust, c’est-à-dire l’invention d’un personnage juif non conventionnel mais non moins irréductiblement juif, « d’une façon unique et irréparable ». « Penser juif » : l’expression peut paraître suspecte, mais c’est aussi une formule que les israélites français emploient à propos des juifs étrangers ou récents immigrés de l’Europe centrale et orientale, parlant encore yiddish, alors qu’eux-mêmes « pensent français ». Jean-Jacques Bernard (1888-1972), le fils de Tristan Bernard, dira de l’élite des juifs français arrêtés en décembre 1941, lors de la « rafle des notables », et détenus avec lui au camp de Compiègne-Royallieu : « […] comme moi, ils ne savaient penser que français. Ils ne savaient pas penser juif[42]. » Menasce retourne l’expression en un « ça pense en lui » freudien pour faire l’éloge de Joyce, introduisant formellement la question que ses amis n’osent pas tout à fait poser à Swann ou à Proust : « Pensent-ils juif ? » Ou plus exactement : « Ça pense-il juif en eux ? »

Jean de Menasce collabore assidument à La Revue juive, où sa signature apparaît dans tous les numéros sans exception. Dans la quatrième livraison de juillet 1925, il donne une importante chronique intitulée « Antisémitisme », portant sur des ouvrages d’Hilaire Belloc, historien franco-britannique et militant catholique, Hans Blüher, philosophe allemand et militant homosexuel, et René Groos, journaliste et écrivain français, qualifiés tous les trois d’« antisémites de bonne foi ». « Les Juifs, observe Jean de Menasce, ont beaucoup à apprendre des antisémites », parmi lesquels des hommes comme ce René Groos, « catholique d’Action française » dont l’« origine juive ne fait que rendre son témoignage plus intéressant »[43].

René Groos 1926

Ce René Groos (1898-1972) mérite d’être présenté ici pour mémoire. Plus loin, il sera question de son traitement de la judéité de Proust, car il s’est lui aussi penché sur la question et lui a consacré une étude qui retiendra par exemple l’attention de Benjamin Crémieux à la fin de la décennie. Juif d’Action française, son point de vue complétera le panorama.

Parisien, grandi non loin de la rue des Rosiers, Groos est de la classe 1918. Mobilisé en 1917 et démobilisé en 1920, il eut pour héros Pierre David (1886-1918), jeune juif d’Action française mort au front le 1er août 1918, à qui Maurras rendit hommage[44]. Passé au journalisme, professeur dans les écoles libres, René Groos fut, parmi de nombreuses responsabilités dans la presse durant les années 1920, l’un des chroniqueurs littéraires de L’Intransigeant et le secrétaire de rédaction de la revue Les Marges, dirigée par Eugène Montfort, l’un des fondateurs de la première et éphémère Nouvelle Revue française en 1908[45]. Menasce le qualifie de catholique, mais la date de sa conversion n’est pas connue. Sur le modèle de l’Enquête sur la monarchie qui lança Maurras (La Gazette de France, 1900-1903 ; Nouvelle librairie nationale, 1909), il vient de publier en 1923 une Enquête sur le problème juif à la Nouvelle librairie nationale, avec une préface d’Eugène Marsan, critique littéraire de L’Action française.

Figure 9 René Groos, Enquête sur le problème juif, 1923.

C’est donc cet ouvrage que Menasce juge « intéressant ». Groos y exploite la notion maurrassienne des « Juifs intelligents que la guerre a décidément agrégés au peuple français[46] ». Il distingue ainsi du reste du peuple juif les « Juifs bien nés », ou « Juifs patriotes de France », Français « par le baptême du sang », sur le modèle de Pierre David, ou d’Amédée Rothstein, tué à Verdun et célébré par Barrès dans Les Diverses Familles spirituelles de la France. Selon Groos :

Il y a une conspiration juive contre toutes les nations. Et d’abord contre la France, contre le principe d’ordre qu’elle représente dans le monde. Cette conspiration occupe, un peu partout, les avenues du pouvoir. En France, elle règne véritablement. […] Aussi assistons-nous, parallèlement et conséquemment à la progression de cette conspiration juive universelle, à une renaissance de l’antisémitisme. Plus exactement peut-être à son extension. […] La conspiration juive universelle sera brisée, disjointe, matée : ou c’est la France qui périra, à la mode russe. […] Quelle est en cette aventure tragique l’attitude de cette minorité de Juifs bien nés que la Guerre a définitivement agrégés au peuple français ? Il serait, semble-t-il, du devoir de ces Juifs patriotes, qui répudient toute solidarité avec la finance et la révolution internationales, de lutter, eux tout les premiers, contre cette juiverie universelle qui s’emploie à la destruction, à l’assassinat de la France[47].

La réponse de Barrès à l’enquête de Groos fut évasive : « Ne perdez pas trop de temps en polémique. On peut tout dire dans un sens ou dans l’autre et ces plaidoiries ne sont guère efficaces. » Et peu de « Juifs bien nés » lui répondirent. Salomon Reinach fit exception : « Prenez 75 grammes de bêtise ; joignez 25 grammes de méchanceté ; misce secundum artem et servez chaud : voilà la recette du gâteau antijuif. C’est malpropre et ce n’est pas nourrissant[48]. » La prescription n’arrêta pas Groos.

Personnage au parcours compliqué de journaliste et de professeur entre les deux guerres, puis dans l’édition après 1945, René Groos fut un proche collaborateur de Jacques Schiffrin à la première « Bibliothèque de la Pléiade », pour laquelle il procura les éditions du théâtre de Racine (1931), des Fables de La Fontaine (1932) et des Romans et contes de Voltaire (1932). Les textes qu’il établit pour Schiffrin furent longtemps réimprimés chez Gallimard, encore par Raymond Picard dans la nouvelle édition de la « Pléiade » des œuvres de Racine en 1951.

Dans La Revue juive en juillet 1925, Jean de Menasce revient sur la contradiction que Groos postule dans son Enquête sur le problème juif entre le judaïsme et les nations dont les juifs sont les hôtes, prémisse avec laquelle Menasce n’est pas en désaccord. Toutefois, si Groos tient « que l’idéal juif est l’internationale démocratique, révolutionnaire et ploutocratique », il ne voit pas de solution dans le séparatisme sioniste ; comme le précise Menasce, il « rejette le sionisme et préconise la réhabilitation des Juifs, en tant qu’individus, dans le sens national… assimilationniste »[49]. Pour Groos, « le Juif “bien né”, s’il veut devenir français, doit faire ses preuves, c’est-à-dire dénoncer résolument les manifestations de l’esprit juif contraires à la doctrine française », bref, se convertir et même davantage, puisque l’assimilation exige la répudiation totale de l’allégeance au peuple juif et que Groos voit « un danger réel à considérer la conversion au catholicisme romain comme une solution du problème juif[50] ». L’erreur de Groos, selon Menasce, ardent sioniste à cette date, c’est qu’il « n’envisage pas le cas de Juifs “bien nés” pour qui l’antithèse de l’internationalisme cosmopolite qu’il dénonce serait, non pas le nationalisme français, mais un nationalisme juif, séparatiste, franc et partant légitime, et dont le sionisme remplirait les conditions[51] ». Menasce, de retour de Palestine et un an avant sa conversion, ne doute pas de la supériorité du sionisme sur l’assimilation.

Or René Groos, « catholique d’Action française » selon Jean de Menasce, ou « juif d’Action française », comme l’appellera plus franchement Benjamin Crémieux[52], ou encore « juivaillon antijuif » selon L’Univers israélite[53], était lui aussi un admirateur de Proust, et il fut parmi les premiers à prendre position sur la question de sa judéité. Son article, « Marcel Proust et le Judaïsme », parut en 1926 dans le Marcel Proust de la collection « Les Contemporains », aux Éditions de la revue Le Capitole, préfacé par Colette et contenant des textes de Léon Pierre-Quint sur « Le sens du comique », Benjamin Crémieux sur Les Plaisirs et les Jours, etc.[54].

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Figure 10 Marcel Proust, Le Capitole, 1926.

L’année précédente, la même collection avait fait paraître un Charles Maurras, et l’année suivante elle publiera un Jacques Bainville, titres qui renseignent sur son penchant idéologique (Gustave Pigot, le directeur des éditions, est un souscripteur régulier de L’Action française)[55]. La contribution de Groos au débat, sur laquelle on reviendra avec Benjamin Crémieux, nie, ce qui n’est pas pour nous surprendre, toute influence de son hérédité maternelle sur l’œuvre de Proust, et l’isole du romantisme, honni de Maurras, pour la rattacher au classicisme.

Mais la rencontre d’un Jean de Menasce, sioniste bientôt baptisé, et d’un René Groos, « juif d’Action française », dans les pages de la Revue juive, celui-là amateur de Joyce et celui-ci de Proust, illustre le bouillonnement intellectuel qui animait la revue. Menasce pouvait s’intéresser à Groos parce que, à ses yeux, « l’antisémitisme a le mérite extrême de souligner la réalité — la profondeur — du problème juif, alors qu’il est un grand nombre de gens pour qui ce problème n’existe pas. Pour la plupart, ce sont des Juifs, notamment des Juifs d’Occident. Ils tiennent que le problème juif est fils de l’antisémitisme et disparaîtra avec lui[56]. » Pour Menasce et ses camarades de la Revue juive, le « problème juif » ne se déduit pas de l’antisémitisme et ne se réduit pas à lui (c’est tout le contraire de la thèse de Sartre dans ses Réflexions sur la question juive de 1946) ; il ne sera pas résolu par la fin de l’antisémitisme, mais par le retour à Sion.

Georges Cattaui 1925

Avec son cousin Jean de Menasce et sous la direction spirituelle d’André Spire, Georges Cattaui fut l’autre complice d’Albert Cohen à La Revue juive en 1925. Comme on l’a vu, les lectures de la judéité de Proust ont commencé avec lui, discrètement, par sa nécrologie de Menorah dès décembre 1922. Sa présence traverse toute la première période de la réception d’À la recherche du temps perdu dans les années 1920, avant de prolonger la critique proustienne très longtemps, jusqu’à notre jeunesse, puisqu’il traduisit en français et préfaça la célèbre biographie de George D. Painter en 1966[57]. Au cours de l’année 1925, sa contribution à La Revue juive est aussi copieuse que celle de Jean de Menasce, alors qu’il séjourne au moins une partie de l’année au Caire. Pour le troisième anniversaire de la mort de Proust, on l’a noté, il propose d’élever un monument dans le jardin des Champs-Élysées (Jacques de Lacretelle, président de la Société des amis de Proust, obtiendra en 1966 seulement que l’allée centrale qui longe l’avenue Gabriel s’appelle allée Marcel-Proust[58]).

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Figure 11 Allée Marcel-Proust ; Lady Ottoline Morrell avec des amis (détail), ca 1930, National Portrait Gallery, Londres.

Héli-Georges Cattaui (1896-1974), né à Paris, appartenait à l’une des plus grandes familles juives du Caire, libérale et francophile, et ses premières années furent partagées entre Le Caire et Paris, où il fréquenta le lycée Carnot. Son père, Adolphe Cattaui Bey (1865-1925), avocat, homme d’affaires et égyptologue, fondateur de la Société de géographie du Caire, était un ancien élève du lycée Condorcet, où il avait fréquenté les frères Reinach, Victor Basch et Henri Bergson. Après la mort d’Adolphe Cattaui, le 11 juin 1925, l’année même de La Revue juiveMenorah lui consacra une belle notice[59].

Figure 12 Adolphe Cattaui, Les Mystères égyptiens, 1889.

Georges Cattaui a fait la connaissance d’Albert Cohen en Égypte en 1920-1921, époque où ils découvraient tous deux l’œuvre de Proust à la suite du prix Goncourt. Cohen lui écrit en 1925, alors qu’ils sont pris dans l’aventure de La Revue juive : « Quelle joie de recevoir votre lettre. Il m’a semblé que des temps anciens revivaient, antélutétiens. Les temps de plus grande naïveté où nous devisions à Alexandrie, au Caire. Et je ne sais pourquoi en relisant votre lettre, le beau, l’inoubliable regard lumineux de votre mère a surgi. » La suite de la lettre aborde la collaboration de Cattaui à La Revue juive : « Mon cher Georges, travaillez pour notre revue. Qu’elle soit toujours plus belle. […] Envoyez-moi des notes, des chroniques, des poèmes, même des études. Voulez-vous des livres pour nos regards et pour nos notes ? […] Je vous laisse toute latitude pour m’envoyer d’autres choses. Vous verrez que je vous fais entièrement confiance. » Et la formule finale évoque leur foi commune : « À vous, en Israël, mon cher Prince et mon cher ami[60]. »

Après l’École française de droit du Caire, une licence à Paris, et l’École libre des sciences politiques, Cattaui devint secrétaire du roi Fouad, avant d’entamer une carrière diplomatique, à Prague, Bucarest et Londres, puis de l’interrompre pour poursuivre une carrière de poète et d’homme de lettres des années 1930 aux années 1970. Ardent sioniste au temps de La Revue juiveil devait se convertir au catholicisme en avril 1928, non sans avoir consulté Bergson avant de sauter le pas. L’intermédiaire fut Jacques Chevalier, disciple de Bergson, catholique fervent (et futur secrétaire à l’Instruction publique dans le gouvernement de Vichy durant quelques mois en 1940-1941), qui rendit compte de sa mission à Cattaui : « En ce qui vous concerne, il m’a dit textuellement : “Si M. Cattaui sent un appel vers le catholicisme, je crois qu’il doit y répondre. Et il ne saurait être retenu par une considération extérieure telle que ma propre attitude”[61]. » Dans son « Testament » de 1937, révélé en 1941, Bergson écrira, fidèlement à la recommandation qu’il avait faite à Cattaui : « Mes réflexions m’ont amené de plus en plus près du catholicisme où je vois l’achèvement complet du judaïsme. Je me serais converti, si je n’avais vu se préparer depuis des années […] la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain des persécutés[62]. » Cattaui suivit donc la voie empruntée par Jean de Menasce, dont le sionisme n’avait pas assouvi l’aspiration mystique, ainsi que par plusieurs autres de ses cousins, mais non pas sans un drame de conscience proche de celui que vécut Bergson, et après, devait-il avouer, une « tragédie qui déchira ma jeunesse », car « en découvrant le Christ, j’avais aussi découvert Israël », et « je ne voulais pas en m’unissant au Messie abandonner son peuple malheureux, son peuple méprisé, son peuple rejeté »[63].

Figure 13 Georges Cattaui, La Promesse accomplie, 1922.

Cattaui a publié à l’automne 1922 à Paris un recueil de poèmes, La Promesse accomplie. France-Égypte-Judée [64], très apprécié, on l’a vu, par Ludmila Stavitzky. Les poèmes ont été composés au Caire entre 1917 et 1919, selon l’introduction, et le titre est inspiré du Livre d’Ézéchiel (12 : 28). Pierre Benoit y découvrit l’idéal du sionisme aussi vivement que lors du voyage en Palestine qui lui avait inspiré son roman Le Puits de Jacob (Albin Michel, 1925). De même qu’Albert Cohen a invité Lacretelle à revenir sur Silbermann dans le premier numéro de La Revue juive, il a en effet demandé à Pierre Benoit de commenter sa « rencontre de l’âme juive[65]» : « L’émotion qui me saisit, moi, catholique, devant le spectacle de la plaine de Jizreel, sur laquelle s’élèvent au crépuscule les fumées des colonies sionistes, je l’ai retrouvée, expliquée, éclaircie, dans un précieux petit livre de vers paru en 1922, à Paris. Dans ce livre, un poète de vingt-cinq ans, Héli Georges Cattaui, célèbre la Promesse accomplie, c’est-à-dire l’avènement du Sionisme[66]. » Le nom de l’un des dédicataires du recueil a fait forte impression sur Pierre Benoit (l’autre est Sir Herbert Samuel, le haut-commissaire britannique en Palestine mandataire) : « Or, et c’est pour moi le point étonnant, le point essentiel, voici la dédicace que l’auteur a cru devoir placer en tête de son livre : “À Maurice Barrès, par qui je retrouve l’Unité, en moi-même, en ma race, dans le genre humain”[67]. » Pierre Benoit aurait pu aussi signaler que l’une des parties du recueil, « La double face de Janus », était dédiée « À la mémoire de Charles Péguy, mort à la Marne pour la France, et d’Amédée Rothstein, mort à Verdun pour la France et pour la Judée[68] ».

Figure 14 Tombes d’Amédée Rothstein et Abraham Schronn, Nécropole nationale d’Haudainville © Jay Osborn.

Rothstein, né en 1891 au Caire, engagé dans la Légion étrangère, sous-lieutenant cité à l’ordre de l’armée et chevalier de la Légion d’honneur, tombé à la tête de ses hommes en août 1916 à Verdun, modèle du « Juif bien né » de Maurras et de Groos, avait été louangé par Barrès dans le chapitre sur « Les Israélites » des Diverses Familles spirituelles de la France : « Le plus zélé était un Israélite de vingt-deux ans, élève de l’École des ponts et chaussées, petit, chétif, les yeux ardents, presque fébriles, d’une âme forte et envahissante. Enthousiaste, il rêvait de mettre debout une véritable légion juive. Rothstein était un sioniste. Par ce gage donné à la France, il ne doutait pas de servir la cause d’Israël[69]. » Cattaui, jeune poète sioniste et proustien (mais le nom de Proust n’apparaissait pas encore parmi les dédicataires de La Promesse accomplie, composé avant que Cattaui ne l’ait découvert), pouvait se présenter également comme un péguyste et un barrésien, toutes exaltations qui n’étaient pas inconciliables au lendemain de la guerre, mais Proust triomphera de ses rivaux dès 1925[70].

Péguy, Barrès ou Proust

La Revue juive donne en mai 1925, dans sa troisième livraison, un long extrait d’un article publié dans le numéro spécial des Cahiers du mois intitulé « Les Appels de l’Orient ». Les Cahiers du mois avaient été lancés en 1924 par François et André Berge, les petits-fils de Félix Faure et les fils d’Antoinette Faure, l’amie de jeunesse de Proust. André Berge venait de retrouver le fameux questionnaire rempli par Proust adolescent dans l’album anglais de sa mère et il l’avait publié deux mois plus tôt dans Les Cahiers du mois[71]. Le numéro « Les Appels de l’Orient » renferme une célèbre enquête à laquelle ont répondu une centaine de personnalités aussi diverses que Louis Massignon et René Guénon, Sylvain Lévi et Henri Massis, Antoine Meillet et André Breton, Henri Maspero et Claude Farrère, Léon Brunschvicg et René Crevel, Émile Bréhier et Philippe Soupault, ou encore Henri Barbusse et même Reynaldo Hahn…

Figure 15 Les Cahiers du mois, février-mars 1925.

Or, parmi « Les appels de l’Orient » recensés par Les Cahiers du mois en 1925, figure en bonne place le sionisme, abordé dans un article d’André Harlaire. André Spire, Henri Franck, Albert Cohen et Georges Cattaui y sont désignés comme ses écrivains représentatifs, tandis que La Promesse accomplie révèle chez Cattaui « une influence avouée de Barrès, mais quels courants subtils s’y viennent mêler : Maurras, Claudel, Péguy[72] ». Cattaui n’est certes pas un « juif d’Action française » à la façon de René Groos, mais les jeunes gens qui s’intéressent à Proust au début des années 1920 lisent aussi Claudel et Péguy, et encore Barrès et Maurras.

Le dernier numéro de La Revue juive en novembre 1925, à côté des nombreux morceaux proustiens déjà signalés, contient une recension de La Promesse accomplie. Son auteur n’est autre qu’André Harlaire, le signataire de l’article sur le sionisme dans Les Cahiers du mois quelques mois plus tôt[73]. Il souligne le syncrétisme qui anime le messianisme mystique de Cattaui, lequel retrouve la Judée dans les Évangiles et chez saint Paul, et célèbre « une fusion curieuse (féconde) : les valeurs chrétiennes où se viennent magnifier les ferveurs prophétiques juives[74] ». Professant le même genre d’œcuménisme, Albert Cohen citait lui aussi saint Paul, l’évangile de Matthieu, et même l’Imitation de Jésus-Christ, parmi les épigraphes de ses Paroles juives en 1921, recueil dédié à ses « frères juifs » et aussi à ses « frères chrétiens qui verront l’amour en mes paroles » (Cohen, on s’en souvient, venait d’épouser la fille d’un pasteur protestant). Les jeunes sionistes de La Revue juive, du moins les deux Égyptiens, Cattaui et Menasce, filaient un curieux coton, dès avant l’« achèvement », selon le mot de Bergson, de leur judaïsme dans le baptême.

Toujours dans le même ultime numéro de La Revue juive, à la suite des bonnes feuilles d’Albertine disparue, « Mademoiselle de Forcheville », figure un dernier article de Cattaui, intitulé « Barrès et les Juifs[75] ». Ces pages prolongent une réflexion entamée sous le même titre l’année précédente dans une revue de Montparnasse, Critique Art Philosophie, où son article prenait déjà comme prétexte l’enquête de René Groos sur le « problème juif », avant la mise au point de Jean de Menasce dans La Revue juive[76].

Figure 16 Critique Art Philosophie, mai-juin 1924.

Mais Cattaui, tout disciple de Barrès qu’il soit, réprouve chez son maître, sous l’influence de Taine, « sa conception trop étroite, trop exclusive de la race ». Et il revient sur le discrédit que Barrès jetait sur Montaigne dans Greco ou le Secret de Tolède (j’avais annoncé sa fixation sur cette phrase de Barrès) : « Ainsi, quand, se fondant sur les théories ethniques de la nation, il ne veut voir dans les Juifs que des étrangers, une logique conséquente l’entraîne à dénier la qualité des Français au fils de la Maranne Antoinette Lopez, à ce Montaigne, père de la prose française, dont le “doute” a suscité Descartes et Pascal, et qui, par son humeur et sa fantaisie, annonce déjà Voltaire et Renan, France et Barrès lui-même[77]. » Pour Cattaui, Barrès franchit là une limite au-delà de laquelle il ne peut plus le suivre, de même qu’il avait dû se séparer de Péguy quand celui-ci reproduisait le cliché du fatalisme juif. À Péguy, il opposait alors Proust dans le premier numéro de La Revue juive, et à Barrès, il objecte à présent Montaigne dans le dernier numéro. Ainsi, les jeux sont faits, puisque Montaigne et Proust sont pour lui apparentés. Proust permet en 1925 à Cattaui de prendre congé de Péguy et de Barrès, les maîtres auxquels il rendait hommage dans son premier recueil de poèmes, ou du moins de se séparer de leur vision de la judéité.

Barrès sort tout de même blanchi de l’accusation d’antisémitisme, grâce à un raisonnement circulaire qui assimile son ironie au double entendre juif :

Antidreyfusard un jour, il a témoigné que le même esprit chevaleresque s’était manifesté dans les deux camps, et il n’a pas hésité à préfacer les écrits politiques du dreyfusard Péguy[78]. Il faut lire, dans son livre sur les diverses familles spirituelles de la France, le chapitre qu’il consacre aux Israélites. Comme il sait exalter l’héroïsme d’Amédée Rothstein, ce sioniste militant qui mourut à Verdun pour la France et la Judée. D’aucuns me disent que chez Barrès, chaque fois qu’il parle des Juifs, et si favorable qu’il leur soit, toujours perce une secrète ironie. Je ne sais. […] cette ironie, mais vous devez la connaître, mes frères juifs, vous dont on a dit que lorsque vos lèvres remuent on ne sait jamais si c’est une raillerie ou si c’est une prière[79].

On se montrait plus dubitatif à L’Univers israélite : « […] il ne fut peut-être pas ouvertement antisémite, mais nous préférons un adversaire franc à un perfide ami. / Même le chapitre qu’il a consacré aux israélites dans son étude fameuse sur “les familles spirituelles de la France” pendant la guerre contient des réticences et l’année dernière, il donnait une réponse équivoque au juivaillon antijuif qui avait ouvert une enquête prétentieuse sur “le problème juif” », à savoir René Groos[80].

Parmi les sionistes proustiens de La Revue juive, Cattaui n’était nullement le seul à sauver Barrès. André Spire lui-même, qui initia au sionisme Albert Cohen et ses amis, était originaire de Nancy comme Barrès. Plus jeune de six ans, il rédigea, après la mort du « prince de la jeunesse », « Quelques souvenirs sur Maurice Barrès », datés de février 1924, publiés dans un numéro d’hommage du Pays lorrain en mars 1924[81], et recueillis dans Quelques Juifs et demi-Juifs 1928, ce qui revenait à l’assimiler peu ou prou.

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Figure 17 Le Pays lorrain, mars 1924.

Pour les rhétoriciens du lycée de Nancy en 1885, rappelle Spire, Barrès était déjà une figure : « Nous lisions les Taches d’encre en classe […]. Pour moi, je pense souvent à un certain exemplaire de Sous l’œil des barbares, ouvert sur un grand bureau Directoire, entre une boîte de bourres grasses, un bol de double zéro et un sertisseur[82]. » Spire ajoute toutefois en manière d’excuse : « […] nous le lisions, et nous allions à ses réunions publiques parce que cela embêtait nos parents[83]. » Dans ces quelques pages, Spire fait curieusement silence sur l’affaire Dreyfus, saute de la campagne boulangiste de 1889 à l’année 1909, ignore un long intervalle de la carrière politique et littéraire de Barrès, avant de le retrouver en voisin à Neuilly : « […] je vis, tout à coup, tout près de moi, dans un petit groupe, Maurice Barrès que je n’avais pas rencontré depuis vingt ans[84]. »

Or, au terme de ces pages, écrites au lendemain de la mort de Barrès à la fin de 1923, Spire rappelle que ce fut Cattaui qui lui apprit la nouvelle : « Le 5 décembre, vers huit heures, mon jeune ami, Georges Cattaui, qui venait de lui dédier son premier livre de poèmes, m’appela, bouleversé au téléphone[85]. » Après avoir célébré Proust un an plus tôt dans leurs nécrologies parallèles, Spire et Cattaui communièrent à nouveau dans le deuil de Barrès. Leur éclectisme littéraire et philosophique, voire religieux, leur indulgence à l’égard de Barrès en souvenir du Culte du Moi, seront sûrement jugés compromettants ou même coupables par certains aujourd’hui, mais Spire ne s’est jamais caché d’être parti à la recherche de ce qu’il appelait l’« âme juive » sur le modèle du chantre de l’« âme lorraine »[86].

Si les rédacteurs de La Revue juive s’accommodaient de l’antisémitisme de Barrès, comment auraient-ils été sensibles à l’outrance des portraits de Bloch ou de Rachel ? Jean de Menasce et ses amis identifiaient très bien l’antisémitisme de René Groos, dont l’« origine juive ne fait que rendre son témoignage plus intéressant ». Était-ce parce que Barrès et Proust étaient de grands écrivains que l’indulgence s’imposait ? Je ne crois pas. L’immédiat après-guerre et en particulier l’année qui sépara la mort de Proust de celle de Barrès furent un temps d’atténuation sensible de l’antisémitisme dans son expression publique, une parenthèse sans doute. Mais Émile Cahen lui-même, directeur des Archives israélites, le nota en rendant compte de Silbermann : « Cela ne veut pas dire, hélas ! que ces hideux sentiments si peu français se soient complètement volatilisés au souffle vivifiant et libérateur de notre éclatante victoire, non ; mais enfin, nous devons convenir, et la lecture des feuilles parisiennes les plus notoirement nationalistes le prouve sans peine, que cette odieuse mentalité s’est sérieusement modifiée dans un sens favorable pour nous. Espérons que cela durera[87]. » Même aux yeux des jeunes sionistes, Les Diverses Familles spirituelles de la France ont racheté Barrès de son antidreyfusisme, et Proust leur offre un motif de fierté et un vecteur de propagande. À La Revue juive en 1925, personne ne désavoue Barrès. Cette tolérance prévient assez contre toute tentation de s’en prendre au traitement des juifs dans le roman de Proust.

Nous n’en avons pourtant pas tout à fait fini avec les apparitions de Proust dans La Revue juive en 1925. Quelques pages nous introduiront encore, dans le prochain épisode, au poncif de son « style rabbinique ».

Notes

[1] http://www.revues-litteraires.com/articles.php?pg=1787

[2] Voir Richard L. Admussen, Les Petites Revues littéraires, 1914-1939. Répertoire descriptif, Washington University Press, 1970, n° 198, p. 108-109 ; Jean-Claude Kuperminc, « Le tour des revues juives », La Revue des revues, n° 6, 1988, p. 40-50 ; Catherine Fhima, « Au cœur de la “renaissance juive” des années 20 : littérature et judéité », Archives juives, vol. 39, 2006/1 (« Le “Réveil juif” des années 20 »), p. 29-45 ; Alain Schaffner, « L’échec de La Revue juive d’Albert Cohen », art. cit.

[3] Gérard Valbert, Conversations avec Albert Cohen, op. cit., p. 126.

[4] Henry Bernstein, Israël, Fasquelle, 1909. La pièce était connue de Proust, auprès de qui Bernstein s’était renseigné sur des noms d’aristocrates (Corr., t. VIII, p. 174, 184 et p. 186, note 7).

[5] Jacques de Lacretelle, « Silbermann », La Revue juive, n° 1, 15 janvier 1925, p. 64-69, ici p. 66.

[6] Ibid., p. 66, note 1.

[7] Jaime de Beslou, Idéologues, Éd. du Sagittaire, 1923.

[8] Emmanuel Arié, « Idéologues (Les systèmes du Baron T’Phlex) par Jaime de Beslou », La Revue juive, n° 1, 15 janvier 1925, p. 96-98, ici p. 96.

[9] Ibid., p. 97.

[10] Ibid., p. 98.

[11] Marcel Proust, « Lettres », La Revue juive, n° 4, juillet 1925, p. 463-472 ; voir Correspondance générale de Marcel Proust, éd. Robert Proust et Paul Brach, Plon, t. III, 1932.

[12] Charles Péguy, Œuvres complètes, t. IX, Œuvres posthumes, Note conjointe sur M. Descartes. Note sur M. Bergson, Éd. de la NRF, 1924.

[13] Georges Cattaui, « Note conjointe sur M. Descartes, précédée de la note sur M. Bergson, par Charles Péguy », La Revue juive, n° 1, 15 janvier 1925, p. 99-103, ici p. 100.

[14] Ibid., p. 101.

[15] Ibid., p. 100.

[16] « Israël et les nations. La France et le sionisme », La Revue juive, n° 2, mars 1925, p. 235-249, ici p. 243.

[17] Ibid., p. 248.

[18] Voir Cécile Chombard Gaudin, L’Orient dévoilé. Sur les traces de Myriam Harry, [Levallois-Perret], Éd. Turquoise, 2019.

[19] Proust, lettre à Reynaldo Hahn, [30 août 1914], Corr., t. XIII, p. 296-298.

[20] André Spire, « Les Amants de Sion, par Myriam Harry », La Revue juive, n° 3, 15 mai 1925, p. 391-393, ici p. 393.

[21] Georges Cattaui, « Digressions. Un monument à Marcel Proust », La Revue juive, n° 5, septembre 1925, p. 609-610, ici p. 610.

[22] Jean Ernest-Charles, « Pas de statue », L’Ère nouvelle, 14 octobre 1925, p. 1 ; cité dans La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 804-805.

[23] Marcel Proust, « Mademoiselle de Forcheville », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 702-725 ; voir Albertine disparue, RTP, t. IV, p. 153-172. L’achevé d’imprimer d’Albertine disparue est daté du 30 novembre 1925.

[24] La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 704 ; voir Albertine disparue, RTP, t. IV, p. 155.

[25] Ibid., p. 711 ; p. 161.

[26] Proust, lettre à Robert de Montesquiou, [mai 1896], Corr., t. II, p. 66.

[27] La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 716 ; voir Albertine disparue, RTP, t. IV, p. 165.

[28] Ibid., p. 725 ; p. 171-172.

[29] Armand Lunel, « XXe siècle, par Benjamin Crémieux », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 750-752, ici p. 751.

[30] Ibid.

[31] BnF, NAF 18359, Fonds Léon Pierre-Quint, f° 183-196, ici f° 189 (transcription de Jessica Desclaux pour cette lettre et les suivantes).

[32] Ibid., f° 192.

[33] Ibid., f° 193.

[34] Léon Pierre-Quint, « Carl Sternheim », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 733-741.

[35] BnF, NAF 18359, f° 195.

[36] La note de Desnos ne semble pas avoir été publiée ailleurs, puisqu’il n’en est pas fait mention par Douglas Alden, Marcel Proust and His French Critics, Los Angeles, Lymanhouse, 1940.

[37] La Révolution surréaliste, janvier 1925, p. 25.

[38] Voir Jean de Menasce (1902-1973), Michel Dousse et Jean-Michel Roessli (dir.), Fribourg, Bibliothèque cantonale et universitaire, 1998 ; Jean-Michel Roessli, « Jean de Menasce (1902-1973), historien des religions, théologien et philosophe », Revue des sciences philosophiques et théologiques, t. CI, 2017/4, p. 611-654 (qui date la conversion de Menasce de mai 1926 et celle de son cousin Cattaui de 1928 [p. 617]) ; Philippe Chenaux, « Du judaïsme au catholicisme : réseaux de conversions dans l’entre-deux-guerres », La Conversion aux xixe et xxe siècles, éd. Nadine-Josette Chaline et Jean-Dominique Durant, Arras, Artois Presses Université, 1996, p. 95-106 ; Joël Sebban, « Être juif et chrétien. La question juive et les intellectuels catholiques français issus du judaïsme (1898-1940) », Archives juives, vol. 44, 2011/1, p. 106-122.

[39] Catherine Nicault, « Albert Cohen et les sionistes », in Albert Cohen dans son siècle. Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, septembre 2003, Alain Schaffner et Philippe Zard (dir.), Le Manuscrit, 2005, p. 99-118, ici p. 101, note 3.

[40] Philippe Chenaux, Entre Maurras et Maritain, une génération intellectuelle catholique (1920-1930), Éd. du Cerf, 1999, p. 179.

[41] Jean de Menasce, « Ulysses, par James Joyce », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 756-762, ici p. 761.

[42] Jean-Jacques Bernard, Le Camp de la mort lente. Compiègne 1941-1942, Albin Michel, 1944, p. 87 ; Éd. Le Manuscrit, Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2006.

[43] Jean de Menasce, « Antisémitisme. Hilaire Belloc, Hans Blüher et René Groos », La Revue juive, n° 4, juillet 1925, p. 473-478, ici p. 473.

[44] L’Action française, 28 octobre 1918, p. 1.

[45] Voir Catherine Nicault, « Les “Français israélites” et la ligue d’Action française », in L’Action française, culture, société, politique, Michel Leymarie et Jacques Prévotat (dir.), Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 185-202 ; Romain Dupré, « René Groos, dit Pierre Herbel, homme de lettres et professeur », Archives juives, vol. 47, 2014/2, p. 131-142.

[46] Charles Maurras, « La question juive : un schéma », L’Action française, 27 septembre 1920 ; donné en annexe par René Groos, Enquête sur le problème juif, Nouvelle librairie nationale, [1923], p. 253.

[47] Ibid., p. 18-19 ; cité en partie par Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique, Fayard, 2017, p. 143.

[48] Ibid., p. 58.

[49] Jean de Menasce, « Antisémitisme. Hilaire Belloc, Hans Blüher et René Groos », art. cit., p. 477.

[50] René Groos, Enquête sur le problème juif, op. cit. ;cité par Romain Dupré, « René Groos, dit Pierre Herbel, homme de lettres et professeur », art. cit., p. 140.

[51] Jean de Menasce, « Antisémitisme. Hilaire Belloc, Hans Blüher et René Groos », art. cit., p. 478.

[52] Benjamin Crémieux, Du côté de Marcel Proust, op. cit., p. 119.

[53] « Maurice Barrès », L’Univers israélite, 79e année, n° 14, 14 décembre 1923, p 332.

[54] René Groos, « Marcel Proust et le judaïsme », in Marcel Proust, Éd. de la revue Le Capitole, coll. « Les Contemporains », 1926, p. 65-72.

[55] Charles Maurras, Éd. de la revue Le Capitole, coll. « Les Contemporains », 1925 ; Jacques Bainville, Éd. de la revue Le Capitole, coll. « Écrivains et poètes d’aujourd’hui », 1927 ; voir L’Action française, 2 décembre 1928, p. 4 ; 8 décembre 1929, p. 4 ; 12 novembre 1930, p. 6.

[56] Jean de Menasce, « Antisémitisme. Hilaire Belloc, Hans Blüher et René Groos », art. cit., p. 473.

[57] George D. Painter, Marcel Proust, trad. G. Cattaui et R.-P. Vial, préface par Georges Cattaui. Mercure de France, 1966, 2 vol.

[58] « Assemblée générale du 23 juin 1966. Allocution du président Jacques de Lacretelle », Bulletin de la Société des amis de Marcel Proust, n° 17, 1967, p. 606. Roger Peyrefitte rapporte que Gaston Gallimard aurait riposté à une proposition intermédiaire d’ériger un monument à Proust sur les Champs-Élysées : « — Un monument ? Mais il existe déjà, il y a une pissotière ! » (Propos secrets, avec Claude Chevreuil, Albin Michel, 1977, t. I, p. 229).

[59] « Adolphe Cattaui Bey », Menorah, n° 14, 15 juillet 1925, p. 223-224. Sur les Cattaui, voir Kurt Grunwald, « On Cairos’s Lombard Street », Tradition. Zeitschrift für Firmengeschichte und Unternehmerbiographie, t. XVII, n° 1, janvier-février 1972, p. 8-22.

[60] Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Alpha Ms 1983 (transcription par Jessica Desclaux).

[61] Lettre de Jacques Chevalier à Georges Cattaui, 13 novembre 1927, Papiers Georges Cattaui, Bibliothèque de Genève, citée par Ph. Chenaux, Entre Maurras et Maritain, op. cit., p. 183.

[62] Henri Bergson, Correspondances, éd. André Robinet, PUF, 2002, p. 1669-1671, ici p. 1670.

[63] Cité par Ph. Chenaux, Entre Maurras et Maritain, op. cit., p. 183 ; voir aussi Daniel Lançon, « Georges Cattaui ou la France participée », in Entre Nil et sable. Écrivains d’Égypte d’expression française, 1920-1960, Marc Kober, Irène Fenoglio et Daniel Lançon (dir.), Centre national de documentation pédagogique, 1999, p. 87–103.

[64] Georges Cattaui, La Promesse accomplie, Camille Bloch, 1922. Voir Dario Miccoli, « A Fragile Cradle: Writing Jewishness, Nationhood, and Modernity in Cairo, 1920–1940 », Jewish Social Studies, vol. 21, n° 3, printemps-été 2016, p. 1-30.

[65] Pierre Benoit, « Le Puits de Jacob », La Revue juive, n° 1, 15 janvier 1925, p. 69-73, ici p. 69.

[66] Ibid., p. 72.

[67] Ibid., p. 73. Une lettre de Barrès à Cattaui se trouve à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Ms Ms 22590.

[68] Georges Cattaui, La Promesse accomplie, op. cit., p. 77.

[69] Maurice Barrès, Les Diverses Familles spirituelles de la France, Émile-Paul, 1917, p. 69-72, ici p. 69 ; éd. Denis Pernot et Vital Rambaud, Classiques Garnier, 2017, p. 62-63, ici p. 62.

[70] Voir son compte rendu de la prépublication d’Une enquête au pays du Levant (La Revue des Deux Mondes, 15 février 1923 et 1er mars 1923) : « Barrès aux Pays du Levant », Menorah, n° 14, 16 mars 1923, p. 220-222, et n° 15, 30 mars 1923, p. 235-237, signé H. G. C.

[71] André Berge, « Autour d’une trouvaille. Une confession de Marcel Proust adolescent », Les Cahiers du mois, n° 7, décembre 1924, p. 5-18 ; CSB, p. 335-336. Sur ce questionnaire, voir Évelyne Bloch-Dano, Une jeunesse de Marcel Proust, Stock, 2017.

[72] Les Cahiers du mois, n° 9-10, février-mars 1925, p. 363-365 ; cité par La Revue juive, n° 3, 15 mai 1925, p. 409-410.

[73] André Harlaire (1905-1986), André Brottier ou Louis Gardet, disciple de Maritain, thomiste, catholique à partir de Noël 1926, entrera lui aussi dans l’ordre dominicain, comme Jean de Menasce ; il collabora à Menorah, n° 11, 15 juin 1924, p. 162 (« Émile Zola et l’antisémitisme ») ; voir Dominique Avon, Les Frères prêcheurs en Orient. Les dominicains du Caire (années 1910-années 1960), Éd. du Cerf, 2005, p. 145-147.

[74] André Harlaire, « La Promesse accomplie, par Georges Cattaui », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 752-753.

[75] Georges Cattaui, « Barrès et les Juifs », La Revue juive, n° 6, novembre 1925, p. 726-733.

[76] Id., « Barrès et les Juifs », Critique Art Philosophie. Bulletin mensuel d’art et de littérature, n° 2, mai-juin 1924, p. 11-12.

[77] Id., « Barrès et les Juifs », La Revue juive, art. cit., p. 727. Voir aussi H. G. C., « Blaise Pascal. L’influence de la pensée juive sur les lettres françaises », Menorah, n° 21, 24 juin 1923, p. 338-340, et n° 22, 8 juillet 1923, p. 357-358.

[78] Charles Péguy, Œuvres complètes, t. II, Œuvres de prose, introduction par Maurice Barrès, Éd. de la NRF, 1920.

[79] Georges Cattaui, « Barrès et les Juifs », La Revue juive, art. cit., p. 731.

[80] « Maurice Barrès », L’Univers israélite, 79e année, n° 14, 14 décembre 1923, p 332.

[81] André Spire, « Quelques souvenirs sur Maurice Barrès », Le Pays lorrain, 16e année, n° 3, mars 1924, p. 112-117.

[82] Id., Quelques Juifs et demi-Juifs, op. cit., t. II, p. 173-181, ici p. 175.

[83] Ibid., p. 177.

[84] Ibid., p. 178.

[85] Ibid., p. 181 ; dans Le Pays lorrain, Cattaui n’est pas nommé mais présenté comme « un poète égyptien » (« Quelques souvenirs sur Maurice Barrès », art. cit., p. 117).

[86] Benjamin Crémieux, « La littérature juive française », La Revue juive de Genève, 5e année, n° 45, février 1937, p. 196-200, ici p. 196.

[87] Émile Cahen, « Silbermann », Archives israélites, t. LXXXIII, n° 48, 30 novembre 1922, p. 190-191, ici p. 190.