L'Eki1nugal, sanctuaire du dieu Nanna/Sin – résumé

De nombreux temples existaient à Ur à l’époque paléo-babylonienne. Certains ont été retrouvés lors des fouilles, comme celui voué à Enki, ou encore le temple de Ningišzida ; d’autres sont seulement attestés par les textes, comme ceux de Ningublaga, de Gula, etc. Le sanctuaire le plus important était celui de la divinité poliade d’Ur, le dieu-Lune, nommé Nanna ou Sin, qui avait pour parèdre la déesse Ningal ; comme tous les temples, il portait un nom cérémoniel, en l’occurrence celui d’Ekišnugal, « Temple (brillant comme) l’albâtre ».

Le dossier de la topographie de l’Ekišnugal est particulièrement compliqué, tant pour l’analyse des vestiges que pour celle des données textuelles. Le problème principal pour l’archéologie est que ce complexe, bâti pour l’essentiel au XXIe siècle av. n.è., a été constamment remanié jusqu’au VIe siècle : il n’est pas toujours aisé de démêler ce qui appartient à telle ou telle phase. D’autres difficultés sont dues aux informations lacunaires dans la documentation de la fouille, comme le manque de points topographiques dont l’altitude soit indiquée de façon fiable. Des progrès ont été faits par Martin Gruber, dans un article tout récent, dont certaines conclusions ne peuvent toutefois pas être retenues[1]. Ce que Woolley a nommé téménos correspond à l’espace enclos dans le mur d’époque néo-babylonienne ; mais à la période paléo-babylonienne, cet espace était plus restreint. C’est à l’époque d’Ur III que les grandes lignes de l’organisation du sanctuaire ont été fixées. L’idée-force du projet architectural mis en place sous Ur-Nammu, le premier roi de la IIIe dynastie d’Ur, consistait à structurer l’espace par le moyen de plateformes et terrasses surperposées, ce qui avait un triple avantage : rendre le sanctuaire visible de loin, séparer le temple de la ville environnante, mais aussi délimiter des espaces spécifiques à l’intérieur du téménos. Deux charges étaient liées à l’existence de cet espace : les prébendes de portier (né-du8) et de balayeur (kisal-luh). Leurs titulaires étaient chargés de contrôler l’entrée du sanctuaire et de veiller à sa propreté. L’ensemble était dominé par la masse de la tour à étages : cette ziggourat avait un nom cérémoniel distinct de celui du temple proprement dit, en l’occurrence E-temen-nigur, « Temple, fondation revêtue de terreur ». Il s’agissait d’une construction en briques crues avec un parement de briques cuites jointoyées au bitume, mesurant à la base 62,5 m x 43 m. Woolley n’a retrouvé que le premier étage, culminant à 11 m de hauteur, et l’amorce du second. Sa reconstitution s’appuie sur l’étude de la pente des escaliers : il estima qu’il n’y avait au total que trois étages. La cour au pied de la ziggourat semble désignée par le terme de kisal-mah ; c’est là que se trouvait la cella du temple, le papâhum. Le terme de kisal-sag-an-na semble avoir désigné ce que Woolley décrivit comme la « cour de Nanna », située dans la partie nord du complexe religieux.

La deuxième partie du cours a été dévolue à l’analyse du culte. On a mis l’accent sur les soins donnés quotidiennement au dieu Nanna/Sin, autrement dit à sa statue, qui était lavée et ointe avant d’être vêtue. Les dieux devaient également être nourris, et leur alimentation préparée. Au pied de la ziggourat, les deux lieux essentiels étaient le four (gir4) et la salle-à-manger (unu2-gal). On a retrouvé des cylindres en cuivre portant une dédicace du roi Nur-Adad, commémorant la reconstruction du « grand four qui fournit constamment la nourriture au dieu Sin, qui produit le pain pour l’ensemble des dieux, soigneusement équipé sur la haute estrade de leur salle-à-manger, qui ronfle (à l’heure du) dîner (et du) déjeuner[2] ». La préparation de la nourriture était en effet une activité rituelle accomplie par des purificateurs placés sous le patronage du dieu Kusu ; la charge de cuisinier, comme celle de brasseur, faisait partie des fonctions dans le temple qui, à l’époque paléo-babylonienne, pouvaient être négociées en tant que prébendes.

[1] M. Gruber, « The topography of the temenos at Ur and its changes from the Third Dynasty to the Kassite Period », in K. Kaniuth, D. Lau et D. Wicke (dir.), Übergangszeiten. Altorientalische Studien für Reinhard Dittmann anlässlich seines 65. Geburtstags, Münster, Zaphon, 2018, marru 1, p. 171-193.

[2] D.R. Frayne, Old Babylonian Period (2003-1595 BC), Toronto, University of Toronto Press, RIME 4, 1990, p. 140-142 no 3.