La conclusion des alliances (résumé du 18/05/2016)

Comment les alliances étaient-elles conclues ? Paradoxalement, alors que le plus grand nombre de traités date de la seconde moitié du IIe millénaire, les informations sur la manière dont les alliances étaient conclues sont beaucoup plus abondantes pour la période qui précède ; c’est donc surtout de l’époque paléo-babylonienne qu’il a été question dans ce cours. Une distinction doit être faite d’emblée entre deux types de situations, selon que les rois se rencontraient ou que l’alliance était conclue à distance. Cela peut paraître évident, et pourtant il a fallu attendre 1990 pour que ce point soit souligné et surtout que les conclusions en soient systématiquement tirées[1]. Cette approche ayant été récemment remise en cause, il convenait de reprendre le dossier[2].

Les alliances conclues en réunion laissent par définition moins de traces écrites que les alliances conclues à distance, mais, grâce aux lettres découvertes à Mari, nous possédons de nombreuses allusions à ce type d’alliance. On a étudié en détail la lettre ARM 26/2 404, qui fait le récit en une centaine de lignes d’une alliance conclue entre Atamrum, roi d’Andarig, et Asqur-Addu, roi de Karana. Le rite central consistait, après avoir immolé un ânon, à s’échanger des serments, puis à boire dans une coupe. Le contenu de celle-ci n’est pas indiqué, mais on a repris la question du « sang » mentionné dans plusieurs textes. Ce genre de cérémonie pouvait réunir, non seulement des rois, mais aussi des représentants de leur population. Ce type d’alliances collectives disparaît au milieu du IIe millénaire.

Lorsque les alliances étaient conclues à distance, des négociations préliminaires avaient lieu, lors desquelles le rappel du passé jouait un rôle important. Puis le roi qui prenait l’initiative du rapprochement faisait parvenir à son homologue le libellé du serment qu’il souhaitait lui faire prêter ; le souverain destinataire du texte pouvait alors indiquer aux messagers quelle(s) clause(s) il souhaitait voir modifiée(s), ajoutée(s) ou supprimée(s). Il rédigeait lui-même une proposition de serment symétrique, qu’il envoyait à son tour par écrit. Une fois le texte de l’engagement de chaque roi établi, une cérémonie avait lieu dans chaque capitale successivement. Le premier roi envoyait à l’autre « ses dieux » (sans qu’on précise jamais s’il s’agissait de statues ou de symboles), devant qui l’autre roi devait procéder au rite du lipit napištim : en se frappant la gorge, il signifiait qu’il mettait sa vie en jeu en cas de parjure. Puis une délégation partait dans l’autre capitale, où une cérémonie analogue avait lieu. C’est donc uniquement lorsque les alliances étaient conclues à distance que le texte des serments était mis par écrit.

[1] Voir D. Charpin, « Une alliance contre l’Elam et le rituel du lipit napištim », dans F. Vallat (dir.), Contribution à l’histoire de l’Iran. Mélanges offerts à Jean Perrot, Paris, ERC, 1990, p. 109-118.

[2] J. Eidem, The Royal Archives from Tell Leilan. Old Babylonian Letters and Treaties from the Lower Town Palace East, Leyde, Institut néerlandais du Proche-Orient, coll. « PIHANS », vol. 117, 2011, p. 311-321 ; réfutation dans Revue d’assyriologie et d’archéologie orientale, vol. 110, no 1, 2016, p. 180-182.