Les échanges de cadeaux et de femmes

À l’instar des échanges de messagers, les échanges de présents entre rois étaient la marque de bonnes relations. Même s’il ne s’agissait pas de commerce, il était implicitement entendu qu’un don de la part d’un roi supposait un contre-don de la part de son homologue, et d’une valeur jugée équivalente. Cependant, les cadeaux jouaient un rôle particulièrement important au moment même de la conclusion des alliances. À l’époque paléo-babylonienne, la mort d’un roi était un moment crucial, puisque les alliances qu’il avait conclues prenaient fin automatiquement. Avant de solliciter son successeur, les autres rois commençaient par envoyer des présents pour l’enterrement du roi défunt. C’est ensuite qu’ils envoyaient des cadeaux au nouveau souverain, accompagnés par une proposition d’alliance. Ces présents sont parfois énumérés dans des lettres ; on en trouve aussi la trace dans des documents comptables. Il pouvait arriver que le montant des « cadeaux réguliers » soit fixé par un accord entre les rois au moment même de la conclusion de leur alliance : on parle alors de « tribut ».

Lorsque les rois concluaient une alliance, celle-ci était souvent prolongée par un mariage dynastique, un des rois donnant à l’autre une de ses filles – généralement pour qu’elle épouse un de ses fils. Ces mariages dynastiques sont connus pendant les trois millénaires de l’histoire mésopotamienne, et les pratiques semblent avoir peu changé pendant cette longue durée.

Le dossier de loin le plus nourri est celui des filles du roi de Mari Zimri-Lim. Ce dernier a pratiqué une politique matrimoniale très active : lui-même a épousé Šibtu, la fille du roi d’Alep Yarim-Lim et de son épouse Gašera, au début de son règne. Il avait eu de ses épouses antérieures de nombreuses filles, qu’il donna en mariage à ses vassaux. La grande chance de l’historien est que ces filles, une fois devenues reines, ont écrit des lettres à leur père ou à d’autres personnes, comme le secrétaire du roi, qui ont été retrouvées dans le palais de Mari.

Une anomalie a depuis longtemps été repérée à l’époque d’El-Amarna : le pharaon ne donnait jamais une de ses filles en mariage. Le roi babylonien Kadašman-Enlil s’en plaignit à Aménophis III :

En outre, toi, mon frère, quand je t’ai écrit à propos de mon mariage avec ta fille, tu m’as écrit en ces termes : « Depuis toujours, aucune fille d’un roi d’Égypte n’est donnée à qui que ce soit. » Pourquoi pas ? Tu es un roi, tu fais ce qui te plaît. Si tu donnais une fille, qui aurait quelque chose à dire ? (EA 4 : 6-7)

Les rois étant polygames, il convenait que, lors d’un mariage dynastique, le statut de la nouvelle épouse soit fixé. Le pharaon écrivit ainsi au roi du Mittani : « Envoie ta fille ici pour qu’elle soit ma femme et maîtresse de l’Égypte » (EA 19). Dans certains traités hittites, le statut de la nouvelle épouse était explicitement prévu. Quelques siècles plus tôt, certaines filles de Zimri-Lim, mariées à des vassaux de leur père, découvrirent en arrivant dans le palais de leur époux qu’elles n’avaient pas la place de premier plan qu’elles escomptaient…

Suite à ces mariages interdynastiques, les familles royales finissaient par avoir des liens de consanguinité qui ne relevaient plus seulement de la fiction diplomatique.