Babel sur le Nil (2) : multilinguisme et multiculturalisme dans l'Égypte de l'Antiquité tardive

Après avoir passé en revue les premiers textes littéraires coptes, on examine aujourd’hui une lettre privée écrite en proto-copte sur un ostracon de remploi trouvé à Kellis (Oasis de Dakhlah). Ce document de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle a été diversement interprété, soit comme relevant du vieux-copte soit comme le premier exemple documentaire de copte. La question met en jeu les relations qu’entretiennent le vieux-copte et le copte et, au-delà de ce problème d’écriture, le passage du paganisme au christianisme : aux partisans d’un modèle de la continuité entre les deux, s’opposent ceux qui prônent une théorie de la rupture, qui est plus vraisemblable en raison de la fonction de ces deux écritures et du milieu dans lequel elles apparaissent. Tandis que le vieux-copte a servi à rendre plus compréhensible ou performatif un patrimoine rituel païen figé, le copte, lui, est une langue véhiculaire élaborée par les chrétiens à la fois pour rendre dans leur langue et diffuser un nouveau patrimoine de langue grecque (la Bible) et pour communiquer entre eux.

Cette dernière fonction s’appréhende à travers les documents qui nous sont parvenus et qui ont l’avantage, contrairement aux textes littéraires, de nous faire connaître le contexte dans lequel ils ont été écrits et le profil de ceux qui les ont rédigés. Il nous faut donc examiner les premiers ensembles documentaires contenant du copte afin de mieux appréhender le faciès socioculturel des premiers utilisateurs du copte et les rapports de ces derniers avec le grec. Le premier dossier examiné est celui du monastère mélitien d’Hathôr, dans le nome Cynopolite ou Héracléopolite, connu par les archives d’Apa Paieous (c. 330-340), et par celles de son successeur, direct ou non, Nepherôs (c. 360-370).