22 Mar 2022
11:00 - 12:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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De 1320 à 1348, le déplacement des motifs narratifs de l’accusation d’empoisonnement des puits des lépreux aux juifs manifeste-t-il la rémanence d’une pulsion archaïque ? Pour sortir du dilemme entre morphologie et histoire, mieux vaut sans doute le considérer du point de vue de la persistance des techniques de gouvernement, assurant le souverain du droit à décider de l’exception. Les massacres, et surtout les conversions forcées de 1391 constituent toutefois un tournant majeur : le monde d’après la peste redéfinira l’identité et l’altérité sur les catégories raciales de la pureté de sang.

Sommaire

  • Procès, grâces, restitutions : après l’orage, le ciel de traîne judiciaire
  • En Provence après 1348 : renégocier la tallia judeorum
  • « C’est un brandon sauvé du feu » : Dayas Quinoni, témoin et survivant (Joseph Shatzmiller, « Les Juifs de Provence pendant la Peste noire », Revue des études juives, 1974)
  • « Il n’est resté que moi » : testis et superstes (Émile Benveniste, Vocabulaire des institutions indo-européennes, 1969)
  • Du testimonium au testamentum : nul ne meurt à la place d’un autre
  • Testis unus, testis nullius : un précepte juridique inapplicable pour les historiens
  • De Guillaume de Nangis à Flavius Joseph : quand la répétition des témoignages éveille le soupçon du topos
  • L’extermination des juifs et le principe de réalité : Carlo Ginzburg, Hayden White et Jacques Derrida (Saul Friedländer dir., Probing the Limits of Representation : Nazism and the “Final Solution”, 1992)
  • Conserver la vérité des pères pour affirmer la vérité des fils : « notre conception de l’histoire à une origine sanglante » (Carlo Ginzburg, « De près, de loin. Des rapports de force en histoire », dans Un seul témoin, 2007)
  • De 1348 à 9/11 : itinéraires de la rumeur (« Le mythe des 4 000 Juifs absents du World Trace Center », www.conspiracywatch.info)
  • La bulle Quamvis perfidiam de Clément VI (26 septembre 1348) : les limites de la réfutation rationnelle
  • Conrad de Megenberg et son Utrum Mortalitas (1350) : « J’ignore s’ils ont empoisonné des puits, mais ce que je sais très bien… » (Séraphine Guerchberg, « La controverse sur les prétendus semeurs de la “Peste Noire”, d’après les traités de peste de l’époque », Revue des études juives, 1948) ;
  • Invariant anthropologique et fonction narratrice : relire Le Sabbat des sorcières de Carlo Ginzburg (Giordana Charuty, « Actualités de Storia notturna », L’Homme, 2019)
  • « Dans les puits, dans les fontaines, dans les citernes et dans les fleuves nous versâmes des poudres confectionnées avec des herbes amères et du sang de reptile venimeux, pour exterminer les chrétiens… » : le complot des juifs, des lépreux et du sultan de Grenade en 1320
  • L’assimilation entre les juifs et les lépreux, « presque inévitable » (Carlo Ginzburg, Le sabbat des sorcières, 1992) : toujours la métaphore meurtrière
  • La lettre du viguier de Narbonne aux jurats de Gérone du 17 avril 1348 : quand les pauvres et les mendiants se font aussi empoisonneurs (Christian Guilleré, « La peste noire à Gérone (1348) », Annals de l’Institut d’Estudis Gironins, 1984)
  • « Il ne faut pas croire ceux qui ont refusé de croire à la vérité » (Yves de Chartres, cité par Giacomo Todeschini, Au pays des sans-nom. Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Âge à l’époque moderne, 2015)
  • Histoire de l’esclave musulman qui, à Majorque, prenait trop de bains de mer (David Nirenberg, Violence et minorités au Moyen Âge, 2001)
  • Rémanence d’une mentalité persécutrice ou permanence d’une technique de gouvernement ? « La persécution des juifs prit place dans les arts de gouverner » (Valérie Theis, « Jean XXII et l’expulsion des juifs du Comtat Venaissin », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012)
  • Expulser les juifs pour établir l’exception et imposer sa loi (Juliette Sibon, Chasser les juifs pour régner, 2016)
  • Servi regni camerae : les juifs et le trésor royal
  • Les juifs à Valence, expression et contestation de l’absolu du pouvoir souverain (David Nirenberg, « Le dilemme du souverain : génocide et justice à Valence, 1391 », dans Julie Claustre, Olivier Mattéoni et Nicolas Offenstadt dir., Un Moyen Âge pour aujourd’hui. Mélanges offerts à Claude Gauvard, 2010)
  • Valence, 1391 : le miracle et la justice royale, deux modes de suspension de la loi
  • Quand le prince Martin se fait déborder : « Vous devez bien comprendre que ceci ne peut être que le jugement de Dieu, et rien d’autre »
  • Baptêmes forcés et conversos : vertige historiographique, tragédie historique
  • Des conversions de 1391 à la sentence-statut de Tolède en 1449 ou l’obsession nouvelle de la pureté de sang (Claire Soussen, La pureté en question : Exaltation et dévoiement d’un idéal entre juifs et chrétiens, 2020)
  • Le monde d’après la peste noire : sociétés juives d’Europe et formation des catégories raciales (Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani, Race et histoire dans les sociétés occidentales [XVe-XVIIIsiècle], 2021)
  • Un autre « brandon sauvé du feu », en 1391 : Reuben, fils du rabbin Nissim de Gérone, et tous ceux qui « s’abandonnèrent à l’impureté » (David Nirenberg, « Une société face à l'altérité. Juifs et chrétiens dans la péninsule Ibérique 1391-1449 », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007)
  • Pour désobéir à la mort : « la chronique doit être lancée comme une pierre sous la roue de l’histoire afin de l’arrêter » (cité par Georges Didi-Huberman, Éparses, 2020)

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