15 avr 2015
14:30 - 16:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Dans cet esprit, on a donc cherché, dans le neuvième et dernier cours, à proposer des arguments, de nature plus directement épistémologique, qui soient mieux à même de dépasser les clivages habituels et de présenter la connaissance pratique sous un autre jour. On a d’abord remis en cause l’idée qu’il faille suivre la conception inhérente à l’analyse de Stanley et Williamson de la connaissance propositionnelle elle-même, à savoir l’idée (défendue notamment par Williamson) que ce qui est premier ce n’est pas, comme dans un modèle traditionnel à la Gettier, la croyance, mais la connaissance (entendue comme un état mental). Aussi forte que soit cette position, elle est battue en brèche, et ce n’est pas celle qui sera suivie ici (voir aussi la fin du cours de 2010-2011). Or, pour que l’argument en faveur de la connaissance pratique marche, il faut aussi admettre une certaine conception de la connaissance propositionnelle elle-même.

On a ensuite rappelé les enjeux auxquels sont confrontés anti-intellectualistes et intellectualistes. L’anti-intellectualiste devra montrer que savoir faire quelque chose ne se réduit pas nécessairement au fait d’avoir une aptitude ou une disposition à faire quelque chose ; envisager qu’il puisse y avoir des « degrés » dans le savoir faire ; montrer où réside la différence entre les comportements qui manifestent de façon évidente de l’intelligence et les autres (il y a aussi des cas où le savoir faire et les capacités ne vont pas de concert) ; montrer peut-être encore, sans renier totalement le lien, que le savoir faire et d’autres stades de l’intelligence sont fondés dans un certain type de puissance ; lire le savoir faire comme quelque chose qui s’appuie sur un succès, interprété de façon contrefactuelle, doté de garantie [1], ou dans le sillage des travaux héritiers du pragmatiste Frank Ramsey. Enfin, il lui faudra aussi pouvoir faire la différence entre connaissance experte et simple « truc » et donc s’employer à déterminer le caractère proprement cognitif de l’activité pratique, sans en faire quelque chose de mystérieux, de magique, de métaphorique ou de « primitif », mais en élaborant plutôt les notions d’apprentissage et d’éducation qui permettent de distinguer la connaissance pratique de la simple habitude, ou en mettant en avant certains thèmes de la phénoménologie ou qui s’en inspirent. Quant à l’intellectualiste, il devra éviter les écueils bien identifiés par Ryle, mais aussi ceux qu’on a pu repérer dans l’approche linguistique de Stanley et Williamson ; cesser sans doute de penser que la connaissance pratique se réduit purement et simplement à une connaissance propositionnelle et proposer une nouvelle approche. Dans tous les cas, il conviendra de se frayer un chemin entre un anti-intellectualisme réducteur, sans ramener le savoir faire à un ensemble d’aptitudes ou de capacités, et la conservation de la distinction intuitive, chère aux intellectualistes, entre la connaissance pratique (orientée vers l’action) et la simple connaissance théorique (orientée simplement vers les faits ou la vérité). C’est ce qu’on s’est employé à faire dans un dernier temps, en proposant un nouveau modèle de la connaissance pratique.

Références 

[1] Cf. Katherine Hawley, « Success and knowledge-how », American Philosophical Quarterly, vol. 40, no 1, 2003, p. 22.

[2] Ernst Sosa, Virtue Epistemology, 2007, chap. 2, p. 22 sq.

[3] John Greco, Achieving Knowledge,A Virtue-theoretic Account of Epistemic Normativity, Cambridge University Press, 2010.

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