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Séminaire organisé avec Romain Bertrand (CERI, Sciences Po-CNRS)

Exercer le métier d’historien revient souvent à s’empêcher d’écrire, de penser, d’expérimenter (peut-être même d’espérer) bien des formes d’histoire. Le questionnaire s’en trouve étréci et les récits dépeuplés. Naturels ou intérieurs, bien des êtres sont ainsi relégués aux lisières de la prose historienne. Il ne s’agit pas de regretter ces scrupules, et encore moins de prétendre les enfreindre de manière désinvolte ou sauvage. Sans doute sont-ils constitutifs de l’opération historiographique elle-même, qui limite ses ambitions théoriques à ce qui peut réellement se dire. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? N’avons-nous pas abandonné en cours de route une partie de notre dictionnaire, et au-delà du lexique, une certaine ambition d’embrasser la prose du monde ? En faisant l’hypothèse que ces empêchements, nécessaires ou non, trouvent leurs raisons dans un défaut de langue, le séminaire a pris également cette année une forme expérimentale. Il ne s’agissait pas seulement de relancer le débat entre histoire et littérature au-delà du dilemme fictionnel dans lequel il risque de s’enliser. Il s’agissait d’élargir la conversation à l’anthropologie, à la psychanalyse, mais aussi à toutes les écritures du réel, par-delà nature et culture.