Résumé
La recherche d’un avenir durable ne repose pas seulement sur l’analyse des scénarios possibles, mais aussi sur une réflexion normative permettant d’évaluer l’état de la société et de la planète. Une telle « boussole » éthique est indispensable pour orienter les politiques publiques et les choix collectifs.
Cette leçon présentera les contributions de deux branches de l’économie à cette réflexion. La théorie économique de l’équité s’intéresse aux principes de justice qui doivent guider la répartition des ressources et l’évaluation des inégalités. L’économie du bien-être, héritière de la tradition utilitariste, cherche quant à elle à relier le bien-être individuel à des objectifs de bien-être social. Ces deux approches ont souvent été perçues comme concurrentes, en écho aux débats philosophiques opposant les conceptions utilitaristes aux théories libérales de la justice, notamment celles de Rawls, Dworkin et Sen. Elles diffèrent en particulier par leur conception du bien-être, tantôt fondée sur les préférences et les expériences subjectives, tantôt sur des critères objectifs tels que les ressources ou les capabilités.
La leçon défendra toutefois l’idée qu’une synthèse entre ces traditions est à la fois possible et souhaitable. Il s’agit de construire des outils d’évaluation qui définissent des objectifs sociaux globaux tout en intégrant, au niveau individuel, des considérations d’équité relatives aux opportunités, aux responsabilités ou à la reconnaissance du talent. Une telle approche permet de concilier la recherche d’une société plus heureuse avec une conception exigeante de la justice.
Enfin, la leçon montrera comment ces avancées théoriques nourrissent aujourd’hui les travaux sur les indicateurs « au-delà du PIB » et les nouvelles méthodes d’évaluation des politiques publiques. Elle soulignera également les défis qui demeurent, notamment concernant la dynamique démographique et la prise en compte de l’ensemble du vivant.