Résumé
La deuxième conférence abordera les relations entre les transformations agraires et l'essor d'entreprises capitalistes liées aux première, deuxième et troisième révolutions industrielles. Durant la plus grande partie de leur histoire de sept mille ans, les paysans européens ont travaillé avec des outils fabriqués par eux-mêmes ou par des artisans villageois. C'est seulement à partir du XIXe siècle que le secteur industriel a commencé de produire des machines et autres fournitures pour l'agriculture, et à transformer ses produits. Pour autant, en 1940, dans la plupart des pays industrialisés d'Europe, les secteurs agricoles restaient très majoritairement composés de paysannes et de paysans.
Mais, après la Seconde Guerre mondiale, des entreprises industrielles, commerciales, bancaires, ont investi massivement le secteur amont (approvisionnement en tracteurs et autres machines, en engrais minéraux, en pesticides, en semences, en crédit) et le secteur aval (transformation des produits agricoles en aliments ou autres biens, vente aux consommateurs) de la production agricole. La majorité des États ont mis en œuvre des politiques très volontaristes de « modernisation agricole ». Celle-ci a consisté à mobiliser des savoirs scientifiques et techniques en vue d’accroître fortement les quantités produites, tout en abaissant les coûts de production. Elle a reposé sur l’usage de plus en plus massif d’énergies fossiles. Au cours de ce mouvement, la plupart des fermes qui existaient en 1940 ont disparu. Dans celles qui sont restées, toujours moins nombreuses et plus grandes, les successeurs des paysans ont mis en œuvre des processus de « rationalisation » et se sont transformés en chefs d’exploitation. L’écologie des espaces agricoles et non agricoles a été bouleversée. Même si la très grande majorité des fermes sont demeurées familiales, leur capital d’exploitation est devenu considérable, au prix d’un lourd endettement le plus souvent.